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Que cherche le président en Tweetant que « le 1° Mai est la fête de toutes celles et ceux qui aiment le travail, le chérissent, parce qu’ils produisent, parce qu’ils forment, parce qu’ils savent que par le travail, nous construisons l’avenir. Merci de porter ces valeurs et d’œuvrer chaque jour pour notre nation » ?

Est-ce de la provocation, de l’ignorance ou une stratégie consistant à envoyer l’histoire sociale de notre pays aux oubliettes ou pire en considérant cette période comme une période avec laquelle il faut rompre comme l’affirment ses ex conseillers Ismaël Emelien et David Amiel dans leur livre[1].

Les 15 et 16 avril au soir, le Président nous replongeait dans notre histoire millénaire devant la cathédrale de paris en feu, et aujourd’hui il nous raconte une histoire du 1° mai plus inspiré par une capacité à imaginer que par la réalité des faits.

Il est difficile de penser que notre Président ignore l’histoire sociale de notre pays au point de ne pas savoir que le 1° Mai est une fête non pas du travail, mais des travailleurs se battant pour leurs droits. Après les manifestations sanglantes à Chicago en 1886 et 1891 à Fourmies en France, le 1° mai devient la fête des travailleurs qui luttent pour leurs droits.

Il est difficile de penser que le regard que porte le Président sur l’histoire sociale ne commence qu’au moment où cette fête des travailleurs du 1° mai, devient par la volonté de Pétain, la fête du travail.

Alors pourquoi un tel Tweet du Président dans une période de tension non seulement avec les gilets jaunes, mais globalement avec le mouvement syndical qu’il ignore superbement depuis qu’il est au pouvoir ?

Attitude qui vise à souffler le chaud et le froid ? Alors qu’il semble percevoir les limites de sa politique en direction des syndicats en entrouvrant des portes lors de ses dernières déclarations, il allume un brulot le jour d’une date symbolique de l’histoire du mouvement syndical. Peut-être est-ce un message qui signifie que si la porte s’entrouvre, la pensée initiale n’a pas changé ; que cette porte s’est entrouverte que parce qu’il en est contraint, mais qu’il serait illusoire de penser qu’il a changé de vision ; qu’il s’agit d’une attitude tactique et non pas d’un changement stratégique.

Pas attaché aux symboles, le Président ? Hypothèse pas crédible 15 jours après l’incendie de Notre Dame au pied de laquelle Macron s’est fait le chantre de la célébration des symboles. Mais il y a peut-être Symbole et symbole. L’Histoire sociale ne serait-elle pour Macron qu’une petite partie de l’Histoire de la France plus imaginaire que réelle, plus mythifiée que concrète, plus consensuelle que conflictuelle, plus simple que complexe ? Ainsi tous les symboles ne se vaudraient pas ou plutôt tous les symboles doivent avoir le même objectif : Venir en soutien à une idéologie politique, et « tant-pis » s’il faut tordre un peu le coup à l’histoire réelle.

En Tweetant comme il l’a fait, Macron suggère que seuls ceux qui travaillent sont utiles à la Nation, dédaignant à contrario ceux qui ne travaillent pas. Ils sont nombreux aujourd’hui ceux et celles qui voudraient chérir leur travail mais ne le peuvent pas car ils ou elles en sont privés-ées contre leur grés, parce qu’ils ou elles ont des conditions déplorables qui les empêchent de le faire correctement, parce qu’ils ou elles sont coincés-ées entre injonctions paradoxales et contradictoire (productivité, services de qualité…).

Macron ne désigne certes pas ceux qui ne travaillent pas comme des inutiles, mais c’est tellement suggérer qu’il est impossible de ne pas le penser.

Macron ne dit certes pas qu’il est plus important d’avoir n’importe quel travail que de se battre pour des droits à la dignité, pour le pouvoir de vivre, mais c’est tellement sous-jacent à son Tweet, qu’on a le sentiment d’entendre Macron dire que l’essentiel c’est le travail « Point Barre »

En fait Macron n’a pas changé. Son Tweet s’adresse à ceux et celles qui se sont mobilisés sur les ronds-points pour leur dire, en passant sur le tête des syndicats, qu’il les a compris, que le travail doit payer d’avantage même si cela doit passer par des contraintes plus fortes pour les demandeurs d’emploi ou pour assouplir les règles sociales,  et que ce ne sont pas les syndicats qui l'entraveront. 3 revendications portées par une partie des gilets jaunes.

Encore une fois Macron joue avec le feu

Gaby BONNAND

 

[1] « Le progrès ne tombe pas du ciel »