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Si le nombre important de listes pour les élections européennes n’est pas l’expression d’une vitalité démocratique, comme je l’ai écrit dans un précédent papier, le résultat du scrutin est par contre de nature à ouvrir des portes pour rénover le débat politique et par là, la démocratie, à tous les niveaux, européen, national et local.
Bien sûr il y a une grosse tache au tableau que constitue la première place de la liste du Rassemblement National mais son développement a cependant été contenu. Cette première place n’est pas nouvelle, c’était déjà le cas en 2014. Mais ça ne banalise pas pour autant cette situation.

D’abord au niveau européen.

Si le fonctionnement autour des 2 gros groupes que constituaient le PPE et le S&D depuis plusieurs mandats, est ébranlé, il n’ouvre pas uniquement la place aux forces populistes, conservatrices et eurosceptiques, comme de nombreux commentateurs le laissaient entendre. Certes ces forces sont en progression. Mais elles ne concernent pas tous les pays, et les partis qui prônent le repli national restent minoritaires et divisés. 

Ce petit séisme au sein du parlement oblige à reconstruire des majorités. Et c’est là que le parlement européen peut être un espace de reconstruction démocratique permettant à la fois une stabilité des institutions et la poursuite d’objectifs pour une plus grande prise en compte des questions sociales et environnementales.

En Marche qui voudrait fédérer autour de lui une majorité « progressistes » risque de se heurter à des difficultés internes. Le progressisme selon Macron est une pensée assez floue, à l’image de la liste « Renaissance », qui nécessitera vite clarification. Ce matin Pascal Canfin voyait, lors de son passage à France Inter, comme une bonne nouvelle le renforcement de la question écologique du fait, d’une part de la progression des Verts en France et de partout en Europe et d’autre part de la prise en compte de cette question par des partis qui traditionnellement n’en faisaient pas le cœur de leur action. Et de citer les socialistes espagnols. Il n’a pas cité les partis composant le groupe ELDD que les élus « En Marche » devraient rejoindre. J’avoue que cette définition du progressisme me va bien.

L’efficacité des Verts qui font une percée au parlement, reposera sur leur capacité de dépasser leur propre groupe.  Leur percée leur donne des responsabilités nouvelles pour rechercher des alliances avec d’autres car seuls, ils ne pèseront pas. Faute de cette recherche, leur succès d’aujourd’hui se transformera en défaite cinglante demain.

Quant au Parti socialiste, faute d’être un acteur qui pèse, le sursis qu’il vient d’obtenir par ces élections européennes, doit lui permettre au niveau européen de trouver les alliances nécessaires pour faire progresser la transition écologique et sociale de manière très concrète, puis rendre cette action beaucoup plus visible qu’il ne l’a fait durant le précédent mandat, en lui donnant du sens, renouvelant ainsi sa pensée sur l’Europe.

Ainsi, cet éparpillement qui conduit à ne donner à aucun groupe une possibilité de majorité avec un autre groupe est une formidable occasion pour nos députés français et leurs partis d’appartenance à se former au compromis, essentiel pour que la Démocratie progresse.  

Au niveau National

Les choses ne se présentent pas tout à fait comme en Europe. Nous ne pouvons nier que 2 forces politiques dominent le champ politique Français : LERM et le RN.

Mais force est de constater également que le pari de Macron de vouloir remplacer l’opposition Gauche/Droite du vieux monde par une opposition Progressisme/Populisme, a en partie échoué. En faisant des Verts, la 3° force politique française, avec plus de 13% des voix, Les électeurs ont dit clairement que les questions sociales, écologiques, sociétales sont beaucoup plus complexes que cela et ne peuvent être traitées dans un face à face aussi caricatural.

Cette place, les Verts doivent la faire fructifier sur le plan national et ont une responsabilité importante pour prendre des initiatives pour fédérer les forces politiques et au-delà les hommes et les femmes qui ont en commun de ne pas vouloir opposer fin du mois et fin du monde, la volonté de marier émancipation individuelle et solidarité. Le sectarisme qui s’est manifesté durant la campagne de la part de toutes les forces politiques de la gauche de transformation sociale, doit cesser. Les Verts de par leur première place doivent être les premiers à prendre des initiatives de reconstruction. 

Cette reconstruction prendra du temps car, au-delà des rancœurs et des frustrations à dépasser, il y a de vrais débats à conduire pour construire des propositions crédibles permettant d’engager une véritable transition écologique et sociale en partant de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Ce sera difficile car nous sommes dans un pays, où nos institutions font que ces forces aujourd’hui dans l’opposition, ne sont pas contraintes au compromis. Le risque est encore une fois de se laisser aller à la facilité en inventant un monde merveilleux pour demain, en oubliant de travailler sur la transition entre le monde d’aujourd’hui et le monde fantasmé dans un programme d’opposants.

Mais le pire n’est jamais certain et un certain nombre de conditions sont réunies pour  réussir :

Le Parti socialiste, malgré un faible score fait un résultat supérieur à ce que les sondages indiquaient. Les déclarations de responsables socialistes semblent montrer qu’ils ne veulent pas gâcher le sursis qui vient d’être accordé au PS. Le Premier Secrétaire se dit prêt à travailler à la reconstruction d’une force « sociale-démocrate » avec les Verts.

La gauche populiste et dégagiste a subi une lourde défaite. Le terrain est d’autant plus libre pour une gauche attentive aux aspirations et aux attentes des individus, capable de travailler dans la durée pour accompagner les hommes et les femmes dans cette longue transition écologique et sociale.

Alors qu’En Marche ne se définit « ni de droite, ni de gauche », le maintien de son électorat entre la présidentielle et les européennes relève du principe des vases communicants. Plus d’un quart des électeurs de François Fillon à la présidentielle de 2017 ont voté la liste Loiseau aux européennes, alors que qu’une partie aussi importante d’électeurs de Macron au 1° tour à l’élection présidentielle sont venus apportés leur voix au Verts (20%) et aux socialistes (7%) pour les européennes. Macron qui a réussi à casser la gauche lors des élections présidentielles et législatives se trouve aujourd’hui pris en « otage » par la droite après l’effondrement de LR. Certes c’est une droite moins radicale que celle que Wauquiez a voulu imposé. Ce dernier en échouant, consacre « En Marche » en un Parti centriste. Dans une telle situation, il est clair que la 2° partie du mandat de Macron qui devait être social ne le sera pas et le transfert des électeurs  peut se poursuivre et même s’accélérer pour peu que les verts prennent leur responsabilité de premier parti de gauche « social-démocrate » du pays répondant ainsi aux appels d’un parti socialiste prêt à jouer le jeu si on lui tend la main.

Voilà qui donne des espaces pour faire revivre des débats politiques moins binaires et ainsi  revivifier la vie démocratique du pays dans une période où les échéances électorales nationales se préparent dès aujourd’hui.

Au niveau local

L’analyse au niveau local est encore différente surtout si on se trouve à l’ouest du pays, dans de nombreuses grandes villes, la deuxième force politique à côté de En Marche, ce n’est pas le RN, mais les Verts. C’est le cas à Rennes, Brest, Quimper, St Brieuc, Nantes, Angers, Laval, Caen.

A l’approche des municipales en 2020, plusieurs cas de figure pour la gauche :

Dans des grandes villes comme Rennes, Nantes, Brest, ce sont les socialistes qui sont au pouvoir dans le cadre de lites d’unions dans lesquelles figurent les Verts et les communistes. Dans ces 3 villes LREM arrive en tête suivi des verts. A Rennes et Nantes Glucksmann arrive en 3° position et en 4° place à Brest. Dance ces 3 villes, le RN est hors-jeu. Pour la gauche, la recherche d’alliances pour les prochaines municipales devra échapper aux logiques partisanes nationales. Elle devra probablement s’émanciper d’un simple prolongement du passé, en inventant des nouvelles majorités élargies, si elle veut garder ces villes.

Dans les villes tenues par la droite, si les ingrédients sont différents les capacités de la gauche à arriver en tête des municipalités dépend comme dans le premier cas de la capacité des Verts et des socialistes à échapper aux logiques  partisanes nationales et à envisager des alliances plus larges que les traditionnelles majorité de gauche.

Là encore les résultats des élections européennes laissent entrevoir des espaces où sur le plan local, des portes se trouvent de nouveau ouvertes pour sortir d’une pure logique binaire dans laquelle le débat politico médiatique nationale veut nous faire entrer. Ces espaces sont de nature à encourager une mobilisation citoyenne en vue des municipales de 2020

Pour conclure provisoirement

Ces élections Européennes, avec les surprises qu’elles ont générées offrent des espaces de rénovation du débat politique à tous les niveaux. De quoi revitaliser la démocratie qui en a bien besoin.

Gaby BONNAND