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Un 1° Mai particulier.

Alors que des organisations syndicales proposent une manifestation le 1° Mai dont l’objectif doit être la convergence des luttes avec comme cri de ralliement, le slogan « Gilets jaunes-Gilets rouges », des Gilets jaunes et des Black-Blocs appellent à une journée d’émeute et de violence à Paris le 1° Mai. Leur stratégie est de se servir des manifs syndicales pour organiser la violence et se protéger.

Un climat social tendu.

Ces appels se font dans un contexte bien précis. Celui d’un pays où règne un fort climat de tension consécutif aux violences qui émaillent les manifestations hebdomadaires des gilets jaunes, depuis près de 6 mois. Tensions renforcées par un mouvement des gilets jaunes qui s’affaiblit et se radicalise à la fois. Cette situation laisse des espaces à des groupes extrémistes dont le seul objectif semble être la violence et la déstabilisation du pays et de sa démocratie.

Dans ce contexte, les forces de polices sont mises à rudes épreuves. Le nombre de suicides parmi les policiers a fortement augmenté depuis le début des événements (sans pour autant établir à ce jour un lien direct) et vient renforcer la pression au sein forces de sécurité.

Un climat politique dominé par la confusion totale.

Si le Président et le gouvernement ont en partie répondu à des demandes par l’injection dans l’économie de plus de 10 Milliards, sous forme d’aides au Pouvoir d’Achat de certaines catégories, ils restent en partie bloqués dans leur certitude que leur politique est la bonne.

La profonde déconsidération des corps intermédiaires par le Président» (même si un infléchissement est incontestable, au moins dans la posture) a renforcé le rejet par les gilets jaunes, des mêmes corps intermédiaires, comme on a pu l’entendre dans la manif du 1° mai à Paris. Ainsi ce face à face suicidaire pour la démocratie entre un Président eu une petite fraction d’individus en colère et radicalisés, ne s’arrête pas et plonge des millions de citoyens dans l’interrogation, la méfiance, la peur et la défiance.

A cette déconsidération s’ajoute la stratégie du Président qui, fort d’avoir été élu « sur les décombres d’un système droite/gauche, ne fait rien pour sa reconstruction, au contraire, il joue de sa destruction avec une assemblée à sa botte et aussi bien une gauche qu’une droite classiques, bien incapables de se relancer [1]»

Si on ajoute à ce tableau, la surenchère verbale à laquelle se livrent tous les responsables politiques de droite comme de gauche,  révélatrice de cette incapacité des partis à se redresser, nous avons une réalité politique de plus en plus confuse, plongeant encore un peu plus les citoyens dans l’incompréhension et la méfiance. Les sondages à quelques jours des élections européennes montrent à quel point le doute et la méfiance se renforcent.

Pendant ce temps, le Rassemblement National se jouant de l’absence d’une opposition démocratique et des approximations gouvernementales dans sa communication, répand son venin en l’inoculant progressivement dans de nombreuses couches de la population.

En face ou à côté parfois, la France Insoumise qui se joue également de l’absence d’opposition constructive, se fait le chantre d’une période révolutionnaire, voyant dans l’action des gilets jaunes, une révolution citoyenne, niant le caractère de plus en plus réactionnaire et haineux au fur et à mesure qu’il s’affaiblit en se radicalisant.

Gagner la guerre des médias.

Les médias envahissent notre environnement et la bataille de l’image est devenue omniprésente. Médias de tous supports sans oublier les supports que constituent les smartphones que possèdent tous les individus, multipliant les commentaires et vidéos sur les réseaux sociaux très subjectifs la plupart du temps. On peut se demander parfois, si gagner cette bataille n’est pas devenue l’objectif prioritaire jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir.

Dans cet univers, il est de plus en plus difficile de trier entre des informations vérifiées et les fake-news, les raccourcis, les fausses rumeurs, les images volées, les infos complotistes… Des groupes et groupuscules antirépublicains, antidémocratiques, réactionnaires et haineux fondent leur stratégie sur cette confusion et tentent de rendre les frontières entre fake-news et informations vérifiées de plus en plus poreuses.

Dans cette bataille de la communication, des dérives sont possibles car la pression peut pousser à la précipitation et la précipitation à la faute. Elle peut être compréhensible de la part de responsable confronté à un événement interrogé à chaud. Elle l’est moins, elle ne l’est pas de la part d’un ministre. D’ailleurs la prudence d’Agnès Buzyn tranchait avec la précipitation de Castaner qui a voulu utiliser l’événement de la Pitié-Salpêtrière comme un argument politicien qui en définitive, mine encore un peu plus la confiance

Un contexte où l’arbitrage permanent devient un exercice périlleux.

La responsabilité de l’Etat en Démocratie est de protéger les biens et les individus, y compris les individus qui agressent. Pour cela, il doit sans cesse arbitrer dans les choix qu’il doit faire. La question est différente dans d’autres systèmes, comme l’actualité nous le montre tous les jours. Et c’est pour cela que l’intervention des forces de l’ordre est encadrée et c’est tant mieux. Ainsi, tout est question d’arbitrage permanent : La communication avec la question entre la maximisation ou la minimisation des risques. L’organisation des forces de police avec encadrement des cortèges de manifestants ou surveillance et action accrue en directions de casseurs. Les interventions des forces de l’ordre avec le choix d’utiliser tel ou tel équipement dont dispose la police….Facile à imaginer les dérapages possibles par un mauvais arbitrage, notamment de la part d’individus qui, sur le terrain, sont amenés à faire des arbitrages en permanence.

Ne pas faiblir, ni trembler pour que la violence ne l’emporte pas.

Il est donc essentiel que l’action des forces de l’ordre  soit analysée en profondeur et tous les moyens que notre démocratie dispose doivent être mobilisés à cet effet. Cette analyse doit tenir compte de ce contexte particulièrement confus, marqué par la volonté d’une minorité radicale et violente de casser, et de créer les conditions du chaos et qui créent un climat de tension très forte.

Ainsi les agissements non conformes aux règles de la part d’individus au sein de la police doivent faire l’objet d’enquêtes sérieuses pour ne pas s’en tenir uniquement à la surface des choses.

Faire la vérité sur ce qui s’est passé et savoir si ces agissements sont le fait d’individus paniqués ou s’ils sont l’exécution d’ordre venant du commandement, est un devoir démocratique et le rôle de la justice dans une démocratie est de sanctionner, si manquements et/ou fautes, selon le degré de responsabilité.

Toute précipitation dans la communication mine la confiance, laquelle est pourtant une des conditions pour que baisse la tension. Les excuses de Castaner sont un premier pas qui ne saurait exonérer le gouvernement de révision de sa politique de communication devant s’appuyer sur des données objectives et opposables.

Mais le gouvernement n’est pas le seuil en cause en matière de communication. Tous les responsables politiques, qu’ils soient au pouvoir  ou dans l’opposition sont concernés. Les effets de manche ou d'estrade ne sont pas des attitudes responsables, et pourtant ils sont dominants dans le débat public

Ce sont également tous les citoyens qui sont concernés et appelés à prendre leur part de responsabilité. De nombreuses vidéos ou commentaires sur les réseaux sociaux montrent qu’il y a encore beaucoup à chemin à faire pour que chacun prennent ses responsabilités.

Gaby Bonnand

 

[1] Michel Wieviorka Ouest France le 22 Avril 2019

Tag(s) : #1° Mai 2019, #Violences policières, #Violences