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Si l’intérêt de la réflexion, qu’elle soit philosophique, économique sociologique, juridique, politique est d’éclairer l’action, il est également dans le fait que ces réflexions permettent comme lecture des réalités mais aussi des choix opérés par les décideurs.

Après les annonces de la réforme de l’assurance chômage qui réussit à  liguer contre elle l’ensemble des organisations syndicales et nombre d’associations engagées dans la lutte contre le chômage et la précarité, j’ai besoin pour ma part de mieux comprendre les raisons de cette contre-réforme.

Des arguments économiques nous ont déjà été servis. Comment penser que l’amélioration de la situation de l’emploi sera structurée par la restriction des droits des chômeurs ? La situation dégradée de l’emploi ne tiendrait en fait qu’au manque de volonté des chômeurs ?

Des arguments sur la situation financière du régime est également une rengaine récurrente. Peu convaincant car ces arguments reposent sur des analyse erronées. Dans aucune des analyses j’ai vu mentionner le fait que l’UNEDIC versait depuis 10 ans entre 3 milliards et 3,5 Milliards par an à pôle emploi, ce qui équivaut pratiquement à la totalité de la dette cumulée.

Des arguments relatifs à l’incitation au travail nous ont également été servis, prétextant que 20% des demandeurs d’emploi gagneraient plus que s’ils étaient en activité. Baliverne et fabrication de faux arguments car aucune statistiques provenant de Pôle emploi ou de l’UNEDIC ne peuvent venir confirmer ce chiffre venant tout droit du ministère du travail.

Nous avons eu droit également à du « révisionnisme », puisque pour justifier le retour au 6 mois de chômage en lieu et place des 4 mois, institués par la convention de 2008, l’exécutif n’hésite pas à recourir à un argument fallacieux consistant à dire que si les 4 mois avaient été institué en 2008, c’était pour faire face à la crise des « subprimes ». Ce qui est totalement faux comme le rappelle un article de l’AEF[1]. Au moment de la signature de l’accord, nous ne connaissons pas encore les effets de cette crise. En fait l’exécutif, pour nier qu’il s’agit là d’une mesure strictement budgétaire, essaie d’envoyer le message que cette mesure est logique puisque quand les 4 mois ont été mis en place nous devions faire face à une crise profonde. Par conséquent en période d’amélioration il est logique de revenir sur la mesure. Sauf que cet argument ne tient plus quand on remet les choses en place comme le fait l’AEF.

Devant l’impossibilité de trouver des justifications à cette réforme, Un certain nombre de passage du livre de Jérôme Fourquet[2] viennent en quelques sortes combler ce vide.

Parlant de de l’importance du repli ethnoreligieux dans certains quartiers, comme un phénomène constituant un fait majeur, Jérôme Fourquet ajoute « La cohésion de la société française est également mise à mal par un autre processus, moins visible  à l’œil nu, mais néanmoins lourd de conséquences, il s’agit d’un mouvement de séparatisme social qui engage une partie de la frange supérieure de la société… De manière plus ou moins consciente et plus ou moins volontaire, les membres de la classe supérieure se sont progressivement coupés du reste de la population et se sont ménagé un entre-soi bien confortable pour eux… Cette distance croissante explique le fait que les élites ont de plus en plus de mal à comprendre « la France d’en bas », mais elle aboutit également à l’autonomisation d’une partie des catégories les plus favorisées qui se sentent de moins en moins liées par un destin commun au reste de la collectivité natioanle au point que certains de leurs membres ont fait sécession… ».

Il ne s’agit pas pour moi de vouloir faire dire à Jérôme Fourquet ce qu’il ne dit pas. Mais en tant que lecteur je fais le lien avec les extraits que je viens de citer et le dernier chapitre du livre titré « De quoi le macronisme est-il le nom ? 

Dans ce chapitre Jérôme Fourquet semble prolonger l’analyse qu’il fait en chapitre 4 «  Une société-Archipel » et notamment dans son sous chapitre « La sécession des élites » dont j’ai reproduit quelques extraits ci-dessus. Une des caractéristiques de cette sécession est l’amplification du « mouvement d’expatriation des personnes fortunées, des cadres dirigeants, des créateurs d’entreprises ou des professionnels de la finance au cours des dernières années ». Et d’ajouter un peu plus loin du même chapitre « A l’image des émigrés de Coblence pendant la Révolution, ces riches exilés ont, certes, quitté la France, mais n’ont pas renoncé à jouer à distance un rôle politique. Leur soutien électoral et financier a pesé de tout son poids dans la victoire de Macron… Ses scores auprès d’eux montrent qu’ils se sont reconnus en lui et qu’ils ont soutenu le programme macronien, parce qu’il était fait pour parler aux cadres et aux milieux d’affaires et financiers ».

Rappelant dans ce même chapitre que « les premiers mois du quinquennat d’Emmanuel Macron ont été émaillés de propos de certains représentants de la majorité présidentielle détonnant une méconnaissance des difficultés quotidiennes d’une partie importante de la population », il poursuit en soulignant que les silences de cette même majorité  sur certains dossiers « témoigneraient d’une forme de mépris vis-à-vis de « la France d’en bas » et des élus locaux ». Ainsi, « le manque de connexion des représentants du parti majoritaire avec la réalité du terrain est sans doute à l’origine de certaines décisions controversées prises par le gouvernement ».

Pour l’auteur, « du fait du non cumul des mandats et d’un recrutement des candidats LREM ayant fait la part belle aux cadres du privé, cette connaissance fine du tissu local fait cruellement défaut à la majorité présidentielle… et l’émergence de ce nouveau parti vient ainsi illustrer de manière paroxystique le phénomène de la stratification éducative à l’œuvre notre société et le développement d’un entre-soi au sein des couches les plus éduqués… Protégée par son capital culturel et son haut degré d’employabilité, elle est parfaitement à l’aise avec l’agenda de flexibilisation du marché du travail et de réforme du modèle social, auxquelles une grande partie de la population, moins diplômée, demeure attachée ».

Peut-être faut-il chercher du côté de cette déconnexion totale de cette majorité et de l’exécutif des réalités et de la volonté de cette élite à s’intégrer dans un espace globalisé même si ça doit se faire au détriment des populations les moins protégées face à une mondialisation dérégulée, qu’il nous faut chercher les vraies raisons de ce qu’ils appellent la réforme de l’assurance chômage et de ce qui est probablement une grande régression sociale.

Gaby Bonnand

 

[2] Jérôme Fourquet : « L’Archipel français, naissance d’une nation multiple et divisée. Où allons-nous », Le Seuil Mars 2019

Tag(s) : #Assurance Chômage, #Démocratie Sociale, #Jérôme Fourquet

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