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Personne ne peut nier que nous sommes entrés dans une société où la violence marque fortement les rapports interpersonnels mais aussi les rapports entre les groupes d'individus et les rapports des individus avec l'ensemble des institutions. 
Cette réalité de la violence est visible dans les sphères économique, politique, sociale, societale, mais aussi dans les sphères privées que sont la famille, le voisinage, les espaces publics.
Pour essayer de dépasser le simple commentaire sur les violences les plus médiatiques que dont les violences policières et celles de certaines manifestations, je veux essayer de comprendre le pourquoi de cette violence, ce qui peut la provoquer et peut être même ce qui la structure.

Sans vouloir bien sûr absolutiser mon propos, on peut se demander si une conception très individuelle de la liberté ne conduit pas inévitablement à la violence. De nombreux éléments concourent à cette conception de la liberté très centrée sur l'individu.

D'une volonté d'émancipation suscitée entre autre par l'élévation du niveau de formation conjuguée à la remise en cause d'un ordre social et societal hiérarchisé, à l'illusion d'une liberté qui se mérite par l'effort personnel dans une société devenue concurentielle jusque dans les rapports humains, une conception très individualiste de la liberté s'est développée ces dernières décennies et s'est profondément diffusée dans toutes les couches de la société. 

Une telle conception de la liberté génére d'une certaine manière, une approche négative de l'autre ou des autres. L'autre, les autres que sont les autres hommes et femmes mais aussi les institutions sociales, politiques... qui organisent et gèrent la vie en société, deviennent des contraintes qui peuvent parfois être considérés comme des entraves à la propre liberté de l'individu. 

Dans l'entreprise celui, celle où ceux qui peuvent pretendre aux mêmes promotions professionnelles que moi deviennent des freins dans ma trajectoire permettant de me réaliser moi-même. 

Dans un marché du travail très concurrentiel, celui, celle où ceux qui postulent au même emploi que moi sont des concurrents qui peuvent me gêner dans ma quête d'une plus grande liberté pour accéder à une plus grande autonomie financière. 

Dans un monde où la concurrence et la méritocratie irriguent tous les segments de la société, ces 2 "valeurs"  sont devenues structurantes de l'éducation des individus et ceci dès le plus jeune âge. L'es autres enfants sont devenus les concurrents de mes propres enfants dans un monde où la réussite scolaire est une condition de la réussite économique et sociale, symbole de la méritocratie qui ouvre la porte à une liberté de moins en moins contraignante. 

Dans ce monde concurrentiel et méritocratique, l'autre est à la fois un potentiel adversaire si il arrive devant moi, car il vient m'empêcher de me réaliser en prenant une place dans laquelle je me projetais, et un poids s'il arrive derrière moi car il va entraver en partie ma liberté en me faisant supporter des charges pour que la société prenne en charge ses "loosers". 

Dans un monde où l'individu se vit comme homme et femme libres, possédant des droits individuels qui protègent leur liberté, il a fini par considérer que les institutions de gestion de ses droits sont devenues des contraintes financières et admiistratives, oubliant qu'avant d'être des contraintes, elles sont les support sans lesquels il n'aurait pas de droits.

Cette culture de la concurrence et de la méritocratie avec ce qu'elle génère comme regard et rapport aux autres, qui irrigue la société depuis plusieurs décennies, place les individus dans des relations complexes avec tout ce qui vient perturber une réussite individuelle, symbole de l'individu libre.

Cet individu libre est dominé par le sentiment qu'il doit cette liberté à lui seul et à son mérite. Ces types de relations sont porteurs de violence surtout quand l'illusion prend fin au moment où la réalité ressurgit brusquement lors d'un licenciement, d'une maladie, d'un dépôt de bilan, d'une succession d'échecs dans la recherche d'un emploi, d'un déclassement professionnel, d'un burn-out, d'un conflit de voisinage, d'une carastrophe naturelle,... 

La culture de la concurrence et de la méritocratie est guère propice à la prise en compte des exigences et des contraintes de la vie en société. Celles-ci ne sont considérées que comme des contraintes à dépasser, à éviter et le cas échéant à supprimer. 
Quand cette illusion se fracasse contre le mur des réalités, l'autre, les autres, les institutions y compris celles qui protègent, passnt du statut de concurrents ou d'administrations contraignantes au statut de boucs-émissaires responsables d'attenter à la liberté. 

Il ne suffit pas de dénoncer les violences si nous voulons une société plus, apaisée. C'est un travail de fond qu'il nous faut entreprendre. La tache sera rude et longue car l'approche majoritairement partagée de la liberté s'enracine dans cette culture de la concurrence et de la méritocratie. Un changement de culture, une autre approche de l'autre, des autres, des institutions qui nous permettent de vivre ensemble ne se décréte pas. Elle se travaille dans la durée. 
Ce défi est aussi urgent à relever pour évier que la démocratie soit emportée par la violence que le défi du changement climatique pour empêcher une dégradation de la planète fatale à l'humanite. 

Gaby bonnand


 

Tag(s) : #Violence, #Liberte