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J’aimerais pouvoir parler de manière positive de la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron. Mais il ne nous en donne pas beaucoup l’occasion.

Son choix de proposer Thierry Breton comme candidat à la commission européenne, après le rejet de Sylvie Goulard, est non seulement incompréhensible mais en contradiction totale avec ses engagements pris devant la représentation nationale réunie en Congrès le 3 Juillet 2017.  Encore une fois, il suscite désarroi et colère. J’ai écrit le 7 juillet que ce discours engageait encore plus qu’un discours de campagne car il s’adressait aux représentants du peuple et que c’était sur ce texte que les actes devraient être jugés.

Comment expliquer la présentation de Thierry Breton à la commission européenne autrement que comme le contraire de tout ce qui a été affirmé comme engagement.

Je ne juge pas l’individu. Thierry Breton a le droit au respect que tous les hommes et toutes les femmes ont droit. Il n’est coupable de rien. Que les choses soient claires. Et qu’on ne vienne pas me chercher là-dessus. Sa carrière est marquée par une alternance entre Politique et Business. Rien ne l’interdit. Mais c’est justement ce genre de pratique que le jeune Président de la République dénonçait à la tribune du congrès quand il parlait  « d’une époque de cynisme, de découragement, et de platitude …d’une manière de voir la politique[1] » auxquelles le peuple « a donné congé[2] ». Thierry Breton, au-delà de sa personne est un acteur de cette période.

Alors que le  Président voyait dans sa victoire un signe que les français avaient « cessé de supporter ce qui semblait presque normal autrefois, l’opacité, le clientélisme, les conflits d’intérêt… qu’Il ne peut y avoir de confiance si le monde politique continue d’apparaitre comme le monde des petits arrangements, à mille lieues des préoccupations des Français[3] », il propose comme candidat un des acteurs de ce monde qu’il dénonçait avec des mots très durs devant le congrès.

Je sais, certains vont me reprocher ma dureté, voire ma démagogie. Mais ce n’est pas moi qui ai parlé de « colère et de dégoût [des français] devant l’inefficacité de leurs dirigeants politiques[4] ».Ces mots sont du Président de la République devant le congrès le 3 Juillet 2017.

Respecter les hommes ne signifie pas non plus que le Président de la République nous prenne pour des imbéciles. Thierry Breton[5], Président Directeur Général d’une entreprise du C40 ATOS, une des plus grande entreprise de services du numérique, ne serait sujet à aucun conflits d’intérêts, parce qu’il quitte ses fonctions au sein de ATOS. De l’hypocrisie pure et simple. Et ce n’est pas parce que l’Elysée nous dit que « M. Breton a toujours fait preuve de rigueur pour éviter tout conflit d'intérêt » ou qu’un de ces proches affirment que « Thierry Breton n’a plus rien à prouver et il est passionnément animé par la chose publique et il a déjà suffisamment gagné d’argent dans sa vie pour ne pas avoir besoin de courir », qui va nous rassurer. Au contraire même. Mais reconnaissons à Emmanuel Macron sa lucidité quand dans son discours il mettait en garde son auditoire en rappelant que « Les mauvaises habitudes reviennent vite[6] »

Alors que Macron avait en Michel Barnier, un homme pétri de conviction européenne qui a fait de la chose publique, le moteur de sa vie, qui est un européen convaincu démontrant sa capacité d’action au sein de la commission, pour présenter comme candidat, il choisit un homme dont je ne remets pas en cause l’attachement à la chose publique mais qui a choisi tout de même plus le Business que l’engagement politique. (Je sais l’engagement politique ou l’engagement social et syndical n’est pas en odeur de sainteté dans le nouveau monde). Ce n’est certainement pas le meilleur moyen pour mettre les actes en cohérence avec le discours sur une Europe qui ne « se réduit pas au marché[7] ».

Un Homme qui correspond au portefeuille nous dit-on.

Et si ce choix était d’avantage liés à quelques « arrangements entre amis » récompensant ainsi un homme (Thierry Breton) qui dès le premier tour des élections de 2017 a soutenu la candidature de Macron et punissant un autre (Michel Barnier) qui a voté L.R. aux dernières élections européennes.

Analyse bas du plafond, me dira-t-on. Peut-être. Mais je suis aussi un pragmatique. Si j’ai toujours eu horreur du pragmatisme sans cap, je déteste tout autant les discours « propres sur eux » qui cachent des pratiques bien moins propres. Il ne faudrait pas que Macron devienne un spécialiste de ces pratiques.

Ce choix de Macron est dévastateur, non pas parce que l’Homme qu’il propose serait condamnable, ou à condamner sans autre forme de procès, par mais parce que Thierry Breton, bien au-delà de sa personne, est un des symboles d’une période que le Président lui-même a désigné comme « Vieux Monde » dont il fallait se défaire car « l’inefficacité des dirigeants politiques[8] »  de cette période « ont conduit vers des choix extrêmes, d’un bord ou de l’autre de l’échiquier politique, et qui sont des choix dont la France, dans sa grandeur comme dans son bonheur, n’a rien à attendre[9] ».

Quand Macron et LREM se rendront-ils compte que par ce type de choix, ils creusent encore les écarts entre la sphère politique et les citoyens ? Sans sursaut, il sera impossible de retrouver confiance

Gaby BONNAND

 

[1] Discours d’E. Macron devant le congrès le 3 Juillet 2019

[2] Ibid

[3] Ibid

[4] Ibid

[5] Thierry Breton est aussi et aussi membre de conseils d’administrations d’autres entreprises, carrefour notamment et président du comité des rémunérations de ce groupe.

[6] Discours d’E. Macron devant le congrès le 3 juillet 2017

[7] Ibid

[8] Ibid

[9] Ibid

Tag(s) : #Macron, #Europe

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