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Il ne suffit pas de parler de Mendès-France, de Rocard pour se revendiquer du réformisme. Le réformisme en politique ce n’est pas une crème que l’on pose sur une tarte, ce n’est pas un enduit que l’on pose sur de vielles façades. Puisqu’on parle de Rocard, peut-être que Edouard Philippe aurait dû prendre le temps de relire ce qu’a pu dire sur la protection sociale Michel Rocard. Il a dit beaucoup de chose. Mais lors du discours qu’il prononça à l’occasion de la remise de la grande croix de la légion d’honneur, il a eu ses mots très importants « Pour préserver dans la richesse produite une large part à la protection sociale, aux biens publics, à l’intérêt général, le capitalisme doit y être obligé»[1]. Il aurait dû également relire ce qu’il disait pour mener à bien une réforme sociale « En France, le rapport de force politique, par définition changeant, par définition conflictuel, prime sur le face à face et la négociation… Mais si nous voulons éviter les blocages, il faut que la réforme, les évolutions sociales relèvent moins du législatif et de batailles politiques frontales  où se jouent des mythes, et beaucoup plus du contrat social, de patients échanges entre les corps sociaux entre eux et avec le pouvoir politique»[2]. Et Rocard de prendre appui sur ses expériences nombreuses dans le domaine.

La méthode consistant à colorer un discours pour cacher le véritable message ce n’est certainement pas être fidèle ni à Mendes-France, ni à Rocard. Et pourtant c’est ce qu’a fait Edouard Philippe.

Comme le dit Antoine Bozio, « le discours d’Edouard Philippe est très étrange et au fond incohérent. Dans sa première partie, il décrit les grands principes d’une réforme systémique des retraites qui renoue avec l’esprit initial d’une universalité et d’une plus grande transparence. Il cite le Conseil national de la Résistance, évoque la garantie de la valeur du point, la pénibilité et l’impératif social. Mais ce n’était pas en réalité le cœur de son intervention et le principal message qu’il a fait passer. Le cœur de ce qui a été annoncé est une mesure d’âge et d’équilibre budgétaire destinée à réduire les dépenses de retraites sans attendre la mise en place du nouveau système ».

Il n’est pas trop tard pour se ressaisir encore de la part du gouvernement. N’ajoutons pas déjà beaucoup de gâchis à encore plus de gâchis qui pourrait tourner en catastrophe.  

La CFDT, la CFDT, l’UNSA et la Fage appelle à la mobilisation pour réorienter la réforme. Certain voient ou voudraient voir dans cette mobilisation un renfort au mouvement contre le retrait du projet. Qu’ils se détrompent, le communiqué de la CFDT est clair : «La CFDT appelle donc l’ensemble des travailleurs à se mobiliser le 17 décembre pour que le gouvernement renonce à toute mesure d’âge et rouvre les discussions pour un système de retraite universel qui soit réellement juste ». 

D’autres au gouvernement et dans la majorité caressent peut-être l’espoir, que pour ces organisations, il suffirait de retirer l’âge pivot pour rendre le projet acceptable. Qu’ils se détrompent également. Le communiqué commun est clair là aussi. C’est une réouverture des discutions que ces organisations demandent « Nous demandons au gouvernement de réouvrir les discussions (pénibilité, à la hauteur de ce que vivent les travailleurs mesures pour les travailleurs des fonctions publiques et des régimes spéciaux – Retraite progressive – Minimum de pension…) pour un  système de retraite réellement juste et solidaire ». 

Renouer la confiance dans les syndicats, ce n’est pas leur dire « c’est vous qui aurez les manettes pour décider, mais ce que vous déciderez devra être comme la loi le défini » ;  Dans ces conditions c’est comme le dit Antoine Bozio dans la tribune déjà citée « un jeu de dupe »

Les choses sont encore possibles et il est urgent qu’elles le soient. Le terrain social n’est pas un jeu d’échec et les hommes et les femmes ne sont pas des pions. Il est préférable de moins parler de Rocard et de Mendès-France et d’avantage se mettre dans les pas de leur pratique politique.

Gaby BONNAND

 

 

[1] Discours de Rocard Novembre 2015

[2] "La politique telle qu’elle meurt de ne pas être" éditions JC Lattès 2011

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