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Le premier ministre vient enfin de faire une concession sur l'âge pivot. Cette décision ne signe pas la fin de l’épisode « réforme des retraites ». Elle rend seulement, enfin possible une négociation sur la mise en place d'un nouveau système de retraite, en dehors des questions financières de court terme qui empoisonnent le débat depuis bientôt 4 mois du fait d'un incompréhensible entêtement du gouvernement.
Cette période faite d'un mélange de gesticulations et d'atermoiements gouvernementaux, a transformé une période qui aurait dû être une période de débat et de négociations, en période d'affrontement.

  • Ceux qui refusent aujourd'hui, comme ils ont refusé hier un régime de solidarité nationale, s'arque-boutant sur la défense de leur régimes ont saisi cette occasion pour nous faire croire que la défense de leur régime était en fait la défense de la Sécu de 45.
  • Ceux qui refusent de prendre leurs responsabilités pour faire en sorte que les 14% du PIB consacrés aux retraites soient répartis de manière plus juste socialement, se sont enfoncées dans la brèche ouverte par le gouvernement pour s’opposer frontalement à toute réforme. Ils ont presque réussi à inculquer l'idée qu'un régime par points est une régression sociale et favorise la capitalisation, alors qu’ils gèrent depuis plus de 70 ans un régime complémentaire par points, par répartition et obligatoire (AGIRC-ARRCO), mis en place pour permettre d'augmenter les retraites très faibles versées par le régime général.
  • Ceux qui ont perdu beaucoup de crédibilité dans la gestion politique du pays ont pensé trouver là une chance inouïe pour se refaire une virginité politique en prenant la roue de la France Insoumise, aggravant ainsi la situation politique du pays en se mettant un peu plus en situation de hors-jeu lors des prochaines élections politiques nationales. Ils pensent peut-être retrouver du crédit auprès des citoyens. Il y a des aveuglements qui conduisent à la déraison.
  • Cette période a donné lieu aussi à une sorte de concours de dissertations. Tous les jours des tribunes de la part d’intellectuels, de commentateurs, parfois de journalistes, pour proposer le système de retraite le plus performant. S'extrayant de la contrainte démocratique du moment, qui fait qu'il y a un pouvoir en place élu démocratiquement qui est dans son rôle de proposer, ils ont choisi d’ignorer cette proposition pour faire leur propre dissertation. Ils ont ainsi choisi de jouer sur un terrain autre que celui sur lequel se jouait « le vrai Match », laissant ainsi le gouvernement plus libre de ses mouvements. Ils ont presque réussi à faire croire qu’en agissant ainsi, ils défendaient les intérêts des travailleurs. Ils ont de fait, par cette pratique, apporté leur soutien à tous ceux qui ont fait le choix de refuser toute négociation et demander le retrait du texte. Il ont également participé à l'instruction du procès en traitrise de ceux qui ont choisi la voie de la négociation. C’est leur choix, qu’ils devront assumer. Aujourd’hui, dans une période d’hystérisation de la société ce ne sera pas difficile. Ça risque d’être plus compliqué demain car vous ne ferez jamais croire longtemps à des amateurs de foot, de rugby, de Basket, de volley ou de bien d’autres sports, que la stratégie pour gagner c’est de choisir d’aller jouer sur un terrain autre que celui sur lequel joue l’adversaire.  

Un jour les citoyens se réveilleront et se rendront compte qu’ils ont été abusés renforçant la défiance envers les syndicats, les politiques, les intellectuels. Tout le monde pleurera mais il sera trop tard.

Plutôt que de disserter sur le meilleur système, il eut été préférable que ces personnalités contribuent à nourrir une véritable négociation et entraine dans leurs sillons ceux qui se sont engouffrés dans l’impasse de l’opposition systématique.

Alors maintenant, pour éviter le pire, il serait temps que l'on entre véritablement en négociation. Ce qui ne veut pas dire l'abandon de toutes mobilisations. C'est un enjeu pour toutes les organisations syndicales.
De nombreuses questions restent à travailler. C'est le cas de la pénibilité, des fins de carrière pour les personnes ayant commencé à travailler tôt, et c'est bien sûr la question très importante de la revalorisation des carrières des fonctionnaires et notamment des enseignants.

Le temps presse et il nous ne serons jamais assez nombreux pour faire de notre système de retraite un système juste qui redonne confiance.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Réforme retraite, #Age pivot

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