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Les spécificités catégorielles qui caractérisent le système de retraite français sont connues depuis longtemps. Cette situation devait donc être une alerte de plus pour le gouvernement. Elle aurait dû l'inviter à faire de la concertation avec les organisations syndicales et patronales, le vecteur essentiel de recherche de solutions acceptables et de compromis entre les différentes catégories de travailleurs ressortant de régimes différents.

Mais privilégier la concertation avec les organisations syndicales, c'était remettre en cause une conception très corporatiste de ces dernières, défendue par Emmanuel Macron dans sa campagne électorale et depuis son accession au pouvoir. Pour lui, les syndicats ont un rôle de défense des intérêts catégoriels et doivent se limiter au périmètre de l'entreprise et de la branche.
Cette conception va être à l'origine de la prédominance des intérêts corporatistes dans la mobilisation du le projet de réforme des retraites et de son incapacité à conduire une démarche de concertation avec les 4 temps, mis en œuvre en partie par Rocard quand il était 1°Ministre (il a été  débarqué par Mitterrand avant que la réforme n'arrive à son terme) et bien décrits par ce même Rocard, dans un livre d'entretien "dialogue social, prenez la parole" :

  1. Réalisation d'un diagnostic partagé par toutes les organisations syndicales.
  2. Remise d'un texte à chaque organisation et rencontre en bilatérale avec chaque organisation.
  3. Lancement d'une mission de dialogue sur le dossier en vue de conduire une longue concertation
  4. Lancement d'une négociation entre organisations syndicales, organisations patronales et État et ce n'est qu'à la fin de ce long processus qu'une loi était prévue si nécessaire.

Faute d'avoir, par idéologie, refuser une méthode et une démarche remettant au centre  les organisations syndicales, le président de la République et le gouvernement ont libéré tous les corporatismes très normalement présents et non moins très normalement sensibles dans un système de retraite aussi diversifié et aussi éclaté que le système français.
Alors, dans cette phase de crise que connait notre pays, suscitée par cette réforme et la manière de la conduire, chacun choisi sa stratégie pour défendre son propre régime ou ses particularités dans le régime général ou le régime des fonctionnaires.
En effet, devant le flou qu'entretient le gouvernement sur son projet, de nombreuses professions qui bénéficient de régimes particuliers ou de dispositifs spécifiques dans le Régime Général ou celui de la fonction publique, s'organisent peu à peu pour les défendre.

Car c'est bien de cela dont il s'agit. Les mouvements en cours ne sont menés essentiellement par des professions dont la retraite dépend d'un régime particulier ou de particularités dans le régime général ou celui des fonctionnaires. Ce n'est pas une critique. C'est un constat que je complète par le fait que les très nombreux salariés du privé ressortissants du régime général et des régimes de retraites complémentaires ARCCO-AGIRC, ne sont pas fortement mobilisés. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont d'accord avec les perspectives de la réforme. D'ailleurs à lire de nombreux articles et enquêtes, de nombreux salariés du privé se disent préoccupés par les questions liées à l’allongement de la durée de cotisation et par la non prise en compte de la pénibilité.
Mais ni le temps médiatique, ni le temps politique  ni une partie du temps syndical, ne s'intéressent à ce qui préoccupe la plus grande majorité des travailleurs, pour se focaliser sur les spécificités catégorielles.

Alors le temps s'organise autour des défenses catégorielles.
De la défense de spécificités qui encadrent la retraite dans leurs professions à la défense de leur régime particuliers, chacun choisi sa stratégie pour défendre ses revendications.
Certains après avoir appelés à des actions de grèves ou/et de manifestations ont négocié, obtenu des résultats et cesser leur mouvement tout en disant qu'ils restaient vigilants.
D'autres sont encore dans la mobilisation en attendant les résultats des négociations en cours.
D'autre enfin ont choisi de défendre becs et ongles leur régime particulier en se lançant dans un mouvement de grève illimitée.
Chacun, encore une fois à le droit de décider sa stratégie mais on est en droit de demander que la stratégie choisie soit assumée.
Les catégories qui ont choisi de négocier des garanties par rapport à leur profession l'on fait en assumant cette option catégorielle. Je ne juge pas. Par contre je ne suis pas certain que ce soit la meilleure solution pour parvenir à un système universel dans lequel les spécificités professionnelles doivent pour partie, être prises en compte. Mais le gouvernement n'a-t-il pas une grande responsabilité ? En ayant marginalisé les grandes confédérations, il a laissé d’autres choix aux organisations catégorielles (certaines n’attendant que ça) faire le boulot de défense de leurs mandants.

Les catégories qui défendent becs et ongles leurs régimes en demandant le retrait de la réforme qui selon eux constitue une rupture avec le pacte de 45, n'assument pas leur corporatisme.

Mieux encore. Dans le climat de perte de confiance aux gouvernants actuels, non seulement ils habillent cette défense catégorielle en défense du pacte de 45, (alors que leur régime tient plus au corporatisme et au paternalisme patronal du XIX° siècle qu'à la création de la Sécu de 45), cette défense très corporatiste est utilisé par des organisations comme support à une action politique visant à préparer une alternative à Macron. Quel rôle a véritablement la CGT en tant que confédération dans cette situation ? Utilise-t-elle le mouvement ou est-elle utilisée ? Je serais d'avantage enclin à penser que ses divisions internes l'exposent fortement à des instrumentations.
Mais là encore, la responsabilité du gouvernement est importante.

Au fond, en marginalisant par idéologie les confédérations, Macron et le gouvernement ont libéré les forces corporatistes et catégorielles (et à la grande satisfaction de certaines organisations) et affaiblit les capacités de synthèse des  confédérations.

L'appel au gouvernement à trouver un compromis avec les organisations syndicales et patronales formulé par le président de la République lors de ces vœux, est-il encore audible?

Il faut l'espérer. Mais si cet appel est sérieux, il doit emporter avec lui une rupture radicale avec la conception et la place des organisations syndicales dans les transformations sociales et sociétale de notre pays. Alors cette crise pourrait s se révéler positive pour l’approfondissement de la démocratie.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Reforme des retraites, #Corporatisme

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