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Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues et anciens directeurs de recherche au CNRS, ont adressé, le 31 décembre 2019, un message, aux cheminots en grève, reproduit par le journal l’Humanité. Le titre de e message « Face à ce crime contre l’humanité, vous êtes là »[1].

Ce message qui est une charge contre le gouvernement, Emmanuel Macron et l’ultralibéralisme ne constitue pas pour moi une contribution de nature à alimenter un débat démocratique tant il est caricatural et sans mesure.

Le titre déjà. Le projet de réforme des retraites serait « un crime contre l’humanité ». Où sommes-nous ? Je suis en désaccord avec de nombreux points sur les propositions gouvernementales sur ce projet, mais avec un titre pareil nous dépassons le cadre du débat démocratique pour être sur le registre de la démesure, du mensonge, de l’insulte même à l’histoire.

Je veux d’autant plus signifier mon désaccord total avec ce type d’analyse que j’aborde souvent dans mes papiers du blog, la question du  libéralisme et sa vision "ultra " considérant que la politique économique conduite par Emmanuel Macron et le gouvernement s’inspire souvent de cette logique.

L’ultralibéralisme est une idéologie qui a ses penseurs, Friedmann et Hayek, entre autre qui sont à l’origine des révolutions conservatrices au Royaume-Unis et aux Etats-Unis, à la fin des années 70 et début des années 80.

Contester cette idéologie ce n’est pas entrer sur le terrain de l’insulte, du mensonge et de la haine. C’est au contraire entrer sur le terrain du débat politique, du débat démocratique.

Il n’y a pas besoins d’insulter, de mentir, de caricaturer et de haïr, pour dire que des politiques fiscales qui favorisent les plus aisés avec des effets néfastes pour les plus défavorisés,  présentent de gros risques pour notre capacité de vivre ensemble car elles augmentent les inégalités[2].

Il n’y a pas besoins d’insulter, de mentit, de caricaturer et de haïr, pour dire qu’une réforme de l’assurance chômage qui repose sur une logique financière d’une part et sur l’idée que les chômeurs sont les premiers responsables de leur chômage, va aggraver la précarité et la pauvreté de plusieurs milliers de personnes.

Il n’y a pas besoin d’insulter, de mentir, de caricaturer et de haïr pour contester une politique qui considère le dialogue social comme un frein au développement économique, participant ainsi à atrophier la démocratie sociale.

Oui, même si je peux parfois me le faire reprocher,  je continuerais à dire que l’idéologie ultralibérale[3] imprègne nombre de décision d’Emmanuel Macron et de son gouvernement. Et je continuerais à contester cette idéologie.

Mais cette approche ne me conduit pas pour autant à dire que tout ce qui est entrepris par Macron et le gouvernement est d’inspiration ultralibérale. Le projet de réforme des retraites tel que proposé qui doit largement être amélioré, n’est pas un système d’inspiration ultra libérale. La réforme proposée ne touche pas au principe de la répartition, et la part des dépenses publiques consacrée aux retraites resteraient stable selon le rapport Delevoye[4]. Pas plus que je ne dis que ce projet est d’inspiration libérale, pas plus je ne dis que la réforme telle que proposée est acceptable. Beaucoup de choses doivent encore bouger (Age pivot et prise ne compte de la pénibilité, notamment).

Le débat démocratique qui conduit à s’opposer sur le plan idéologique ne peut se transformer en insultes, caricatures, mensonge et haine. Ce n'est pas une guerre, du moins dans ma conception, dans laquelle tous les coups seraient permis. Le débat démocratique vaut mieux que ça.

Oui l’ultra libéralisme né des révolutions conservatrices, a généré des politiques économiques et sociales qui ont eu pour effet une progression démesurée des inégalités qui minent nos sociétés, même si l’Europe et  la France ont résisté plus fortement à cette progression des inégalités.

Parce que, comme le dit Daniel Cohen, les peuples ne croient plus aux promesses « de prospérité au bout de la flexibilité » des politiques libérales (ultra libérales), et « qu’ils veulent être protégés d’une insécurité économique croissante », le combat politique et idéologique et bien sûr syndical me parait absolument nécessaire pour travailler à d’autres perspectives que celle que nous offre le libéralisme débridé.

Mais ce combat absolument indispensable pour l’émancipation des hommes et des femmes est dénaturé par de telles diatribes qui en plus prennent appui sur un combat certes légitimes pour ceux qui le mènent, mais qui n’a rien à voir avec les principes qui ont présidé à la création de la Sécu. Faut-il rappeler que les initiateurs de la Sécu ont voulu un régime unique qui a rencontré l’opposition de tous les régimes catégoriels existants ?

Ne pas se laisser intimider par ceux qui veulent profiter d'une situation confuse et instable pour nous imposer une façon de penser, est un enjeu important pour poursuivre un débat démocratique sur l'avenir que nous voulons

Gaby BONNAND

 

[1] https://www.humanite.fr/message-de-soutien-aux-cheminots-en-greve-face-ce-crime-contre-lhumanite-vous-etes-la-682426

[2] https://www.lesechos.fr/economie-france/social/la-pauvrete-et-les-inegalites-ont-augmente-en-france-en-2018-1140666

[3] Idéologie néolibérale telle que développée par Denis Kessler ou Jean Charles Simon. 3 textes de ces 2 auteurs expriment le fondement de ces idéologies : « Article de D.Kessler dans Challenges du 4-10-2007 sur le nécessaire démantèlement  de la Sécu, Le rapport de Jean Charles Simon sur le paritarisme « Faut-il en finir avec le paritarisme », Article du Monde du 2 Juin 2018 de Jean Charles Simon « Pleurnicher sur le mépris des corps intermédiaires ou leur affaiblissement est une supercherie » intermédiaires »

[4] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/01/02/la-reforme-des-retraites-ouvre-t-elle-la-voie-a-blackrock-et-aux-fonds-prives_6024634_4355770.html

Tag(s) : #Conflit retraite, #Monique et Michel Pinson-Charlot