Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ce matin dans Ouest France Dominique Seux signe un point de vue en première page, intitulé « Les experts se rebiffent[1] ».

A juste titre il s’en prend aux propos de Marine Le Pen qui a, dans un discours musclé comme à son habitude, sonné la charge contre l’INSEE qui manipulerait les chiffres de l’emploi.

Il replace cette attaque dans une ambiance générale de méfiance et de violence  qui « gangrènent nos sociétés », pas seulement en France mais dans toutes les démocraties. Et de rappeler que les médias américains ne cessent de recenser chaque jour, les multiples mensonges assénés par Donald Trump.

Dominique Seux a raison de dénoncer des pratiques délibérées du mensonge qui alimentent le complotisme et minent en permanence la confiance qui est une des conditions de la vie démocratique.

Dans ce combat contre le complotisme, Dominique Seux, se réjouit de l’offensive d’économistes qui « ont décidé de rendre coup pour coup et de remettre l’eglise au milieu du village », en démontant chiffres à l’appui, les propos des divulgateurs de mensonges.   

Petit « Hic » cependant. Pour venir étayer son propos, Dominique Seux fait référence à une histoire qu’il a vécue personnellement sur un plateau télévisé. Il était en débat avec, semble-t-il un « éminent intellectuel ». Dans son propos contre le relèvement de l’âge de départ à la retraite, celui-ci, selon Dominique Seux, confondait taux de chômage et taux d’emploi des séniors de 60 à 65 ans dans le débat qui l’opposait à lui.

Je ne conteste évidemment pas la différence entre taux de chômage et taux d’emploi. Je ne conteste pas non plus le fait qu’il puisse avoir des manipulations de chiffres. Je conteste encore moins que des chiffres puissent venir alimenter un argumentaire.

Mais je conteste le fait que des chiffres pourraient dire la vérité par eux-mêmes. Si le taux d’emploi des 60-64 ans n’est pas un argument suffisant pour dire que le recul de l’âge de la retraite est scientifiquement absurde et que par conséquent il n’y a même pas matière à débat, ce même taux ne constitue pas non plus une vérité indiscutable venant justifier un relèvement de l’âge de la retraite, sans aucun autre débat.

Pourtant c’est ce que l’on pourrait entendre dans le propos de Dominique Seux. On a le sentiment qu’il raconte cette histoire à la fin d’un article où il fait le procès, à juste titre des manipulateurs de chiffres, pour dire qu’il a assisté à une manipulation par son contradicteur lors d’un débat télévisé, laissant supposer que lui ne manipule pas et que ses chiffres vaudraient vérité.

Dans ces temps de manipulations de chiffres, de contestations de tout, de remis en cause permanente des faits établis, de Fake-news, le débat démocratique ne se résume pas entre divulgateurs de mensonges et experts. Les chiffres, les statistiques sont très importants pour le débat mais en aucun cas ils peuvent venir par eux-mêmes dire une vérité qui s’imposerait et qui réduirait à néant l’espace du débat, de ce qui peut faire l’objet de délibération.

D’ailleurs le terreau sur lequel se propagent les Fake-news, c’est la distorsion dans un monde complexe entre ce que disent de la réalité les statistiques, les différentes données, les ratios en tout genre, et la réalité vécue par les individus.

La meilleure façon de lutter contre les Fake-news et les mensonges est d’augmenter et de renforcer les espaces de la délibération démocratique et politique.

Gaby BONNAND

 

[1] https://www.ouest-france.fr/economie/point-de-vue-les-experts-se-rebiffent-6741677

Tag(s) : #Dominique Seux, #Ouest France, #Statistiques et démocratie