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Par les échanges via le blog, je reçois des messages, des contributions de personnes qui lisent et me font part de leurs points de vue, de leur réflexions. Certains me renvoient vers des articles, des blogs qui viennent à leur tour enrichir la réflexion. C’est super.

J’ai pu grâce aux messages de plusieurs, aller lire des articles de différents spécialistes, anthropologues, virologues, spécialistes en immunologie… mais aussi vers des écrits de philosophes, de sociologues… Tout cela nourrit la réflexion et alimente un regard critique qu’il est parfois difficile de garder dans une période où la gestion médiatique de la crise fait plus appel à l’émotion, suscitant le plus souvent des réactions immédiates, plutôt qu’au recul indispensable pour rester le plus possible un homme ou une femme libre et responsable.

Ce matin, la polémique enfle sur l’utilisation de la chloroquine dans le traitement des personnes atteintes du covid19.

Bien difficile de se faire une opinion dans une situation où se mélangent l’émotion, la peur, l’angoisse, l’envie de se rendre utile, de dénoncer tout azimut le pouvoir en place, l’envie de passer rapidement à autre chose…

Adopter une attitude plus rationnelle n’est pas simple. Peut-être devons-nous même l’éviter  pour ne pas nous extraire de notre condition humaine, c’est-à-dire de notre condition d’hommes et de femmes pleins de contradictions. Nous ne sommes pas des produits mathématiques, nous ne sommes pas des robots.

Je le dis bien simplement, les lectures des différentes contributions, de différentes références qui me sont parvenues hier suite à la publication de papiers sur mon blog me permettent de mettre de la distance avec l’ambiance émotionnelle du traitement médiatique.  Elles me permettent au moins d'avoir plusieurs avis, plusieurs lectures sur l'approche du traitement proposé. Ça aiguise mon sens  critique sur la polémique.

Faut-il mettre sur le marché le traitement du Doc Raoult à base de Chloroquine, comme le demande à la fois des responsables politiques comme Christian Estrosi qui dit que « quand la guerre est là, on n’a plus le temps de faire des expériences » ou faut-il être prudent comme le Haut Conseil de la Santé Publique qui « recommande de ne pas utiliser la chloroquine, sauf pour les cas graves et sous décisions collégiale des médecins ».

Alors le texte reçu hier via un lecteur de mon blog, du Doc Bruno Canard[1], virologue au CNRS m’aide à ce recul. Dans ce texte, il fait état de ses travaux depuis 2002 sur les virus dont font partie les coronavirus, il parle des programmes de recherches lancées par l’Union européenne au moment de la déclaration de l’épidémie du SRAS, mais qui en 2006, dès l’épidémie du SRAS passée, s’est désengagée « de ces grands projets d’anticipation au nom de la satisfaction du contribuable » et regrettant qu’aujourd’hui « quand un virus émerge, on demande aux chercheur·ses de se mobiliser en urgence et de trouver une solution pour le lendemain ».

Il rappelle dans un entretien au monde du 29 février 2020[2] que vouloir faire du neuf avec du vieux sans être basé sur des données scientifiques a pu et peut avoir des conséquences néfastes pour les patients et pour la santé du corpus scientifique. De ce point de vue, concernant la chloroquine, il dit qu’ «  il est très probable qu’elle (la chloroquine) soit efficace, au vu de son mode d’action connu. Mais il est impératif de disposer d’une confirmation la plus rapide possible, scientifiquement évaluée, des essais cliniques en cours.

Dans son texte cité précédemment Bruno Canard rappelle que la recherche sur les virus est « C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante : c’est le meilleur vaccin contre un scandale Mediator-bis ».

Je ne suis pas scientifique.

  • Je sais par contre, car beaucoup de professionnels de santé l’ont dit et me l’ont dit, que la médecine n’est pas une science exacte.
  • Je sais aussi que la recherche, malgré la compétence extrêmement pointue des chercheurs, est comme tous les domaines traversée par des courants, des intérêts, des opinions divergentes.  
  • Je sais aussi que la décision politique  est contrairement à ce que certains semblent oublier aujourd’hui toujours une prise de risque.
  • Je sais que nous avons tous la mémoire courte. Il y a peu de temps encore, le procès du médiator faisait la Une des journaux. Mais après 8 jours de confinement, alors que le procès n’est pas terminé, ce dernier semble à des années lumières. Qu’est-ce le scandale du médiator si ce n’est l’utilisation d’un médicament, d’une molécule ayant reçu l’autorisation d’être mise sur le marché pour les diabétiques et les personnes souffrant d'hypercholestérolémie, et qui a été utilisé pour être prescrit comme coupe-faim dans l’accompagnement des personnes pour les aider à maigrir. Ce n’est pas suspecter le Doc Raoult et ses équipes (qui serais-je pour cela)  que d’émettre simplement des questions
  • Je ne suis ni scientifique, ni médecin, ni soignant ni encore moins procureur. Je ne suis qu’un malade potentiel du covid19. Et je m’étonne de cette pression de responsables politiques sur le pouvoir pour pousser à l’utilisation d’un médicament qui n’a pas encore fait l’objet de toutes les étapes nécessaires à la mise sur le marché.
  • Je n’ai pas de certitudes, mais les lectures de ce jour me rendent sensibles aux oublis de l’histoire avec le risque de céder à l’urgence au détriment de l’avenir, avec le risque générer demain des effets secondaires chez les patient auxquels on aura administré de la chloroquine.

Ces oublis de l’histoire sont nombreux, et la crise sanitaire est révélatrice d’un certain nombre de ces oublis comme celui de la crise H1N1. Situation paradoxale d’une crise qui finalement a été relativement bien maitrisée, mais qui a eu pour effet de générer des critiques fortes à l’encontre de la ministre de la santé de l’époque concernant le cout engendré. "La ministre de la santé Roselyne Bachelot en a été quitte pour des mises en accusation politique de gabegies et des railleries de toutes sortes  à cause d’achats massifs  de vaccins qui n’ont pas été utilisés »[3],

Ces rappels de la mémoire courte ne sont pas seulement en direction des responsables politiques mais en direction de tout un chacun. Le succès de la course à la réduction d’impôts, à la réduction de cotisations, les pétitions en tout genre pour les baisses d'impôts, la vigilance du contribuable pour que les dépenses de l’État ne viennent pas miner son pouvoir d’achat immédiat, se souciant guère de ce qui arrivera demain, sont devenus des filtres par lesquels passent  la plupart des décisions politiques.

En démocratie, les responsables politiques sont aussi (il ne faut pas l'oublier) le reflet de ce que veulent les citoyens.

Alors entre réactions émotionnelles et résignation, choisissons plutôt une attitude plus modeste devant les décisions à prendre, tout en sachant nourrir notre sens critique.

Gaby Bonnand

 

[2] https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/02/29/bruno-canard-face-aux-coronavirus-enormement-de-temps-a-ete-perdu-pour-trouver-des-medicaments_6031368_1650684.html

[3] Arnaud Mercier La France en pénurie de masques : aux origines des décisions d’État https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-france-en-penurie-de-masques-aux-origines-des-decisions-d-etat-842982.html