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Même si les projecteurs sont essentiellement braqués sur l’Europe, et la Chine, nous savons que le virus fait ou fera des ravages partout. Avec des décalages dans le temps, mais c’est à une épidémie mondiale à laquelle nous avons à faire dans un laps de temps très court.

Dans un monde où les règles de gouvernances ont pour maitre mot « CONCURENCE » à tous les étages et de partout, entre individus, entre entreprises, entre États, entre nations, voilà qu’un virus place tous les hommes et toutes les femmes en face d’un ennemi commun.

Dans un monde,où la liberté s’est confondue avec « liberté de faire sans les autres », avec « chacun libre dans son coin », avec « liberté sans contrainte », voilà qu’un virus vient nous « contraindre » à protéger l’autre pour se protéger soi-même, à nous faire conjuguer liberté et solidarité au même, celui du présent, à sortir de la poussière le principe de FRATERNITE qui est un des composants de notre devise républicaine. La « contrainte » à la solidarité dans des pays démocratiques n’est pas nouvelle. C’est le choix fait à la libération par les créateurs de la Sécu en imposant l’obligation d’affiliation à la Sécurité Sociale, pour mettre en œuvre une véritable mutualisation de façon à institutionnaliser la solidarité de tous pour tous.

Liés par un destin commun

Pour ma génération, c’est la première fois que nous vivons un évènement planétaire, qui a des conséquences immédiates et très concrètes sur nos conditions de vie et d’existence.

Peut-il être de nature à donner à comprendre que nous sommes tous, au-delà des conditions de chacun, au-delà des frontières, au-delà des cultures et des religions, liés par un destin commun ?

Cette notion de premier évènement planétaire pourrait être nuancée dans la mesure où le réchauffement climatique est aussi un évènement planétaire qui concerne tous les vivants. A la différence du covid19, ses conséquences vécues de manière aussi brutale, dans un laps de temps aussi court sur l’ensemble des vivants,, que la crise liée au développement du coronavirus.

Je n’ignore pas que dans l’affrontement à cet ennemi commun, nous ne sommes pas égaux. Par exemple, nous ne sommes pas égaux ici en France dans le confinement. Il est plus facile d’être confiné en maison qu’en appartement. Nous ne sommes pas égaux dans la façon de nous protéger selon que nous ayons un travail réalisable en télétravail ou pas, selon que nous sommes autonomes ou dépendant, selon que nous habitons dans des zones relativement bien équipées en offre médicale ou pas… Nous ne sommes pas égaux entre pays dans les moyens dont ces derniers disposent pour combattre le virus et traiter les malades.

Je n’ignore pas non plus que des hommes et des femmes selon leur pays d’appartenance ont vécu des drames terribles provoquant des milliers de victimes, que ce soit dans le cadre d’épidémies, de catastrophes naturelles ou de guerres…

Je n’ignore pas non plus, que ce que nous sommes en train de vivre dans cette période, (nous, les millions de français), de nombreuses personnes ou familles vivent cette situation lorsque l’un des leurs est touchée par des maladies dont aujourd’hui aucun traitement n’est encore possible.

Dans les unes ou les autres de ces situations, nous sommes souvent appelés à des actes de solidarité ou de générosité (opérations ponctuelles après des tremblements de terre, sècheresses, famines ou au travers d’évènement plus organisés et récurrents : Téléthon, virades de l’espoir, Sidaction…), tout en respectant la liberté de chacun de donner ou pas, de faire ou pas. Pour importants qu’ils soient, ces actes nous tiennent en quelques sortes à distance des personnes concernées du fait de l’asymétrie de situation entre les uns et les autres. Ces actes de solidarité, pour importants qu’ils soient ne modifient pas notre façon de vivre une fois l’acte posé, Cet acte de solidarité n’a pas d’impact ou si peu sur notre vie quotidienne.

Liberté et Solidarité : Pas l’un sans l’autre.

C’est à un autre type de solidarité que nous sommes appelés aujourd’hui. L’acte que nous posons pour aider ou protéger l’autre, nous engage immédiatement dans une autre façon de vivre concrètement. Nos vies, notre façon de continuer à vouloir vivre libre dans cette crise sont interrogées. Nous pouvons effectivement voir dans les mesures prises par les pouvoirs publics, des mesures contraignantes pour nos libertés. En effet elles le sont si nous avons une conception de la liberté très centrée sur nous-mêmes. Cette conception peut même faire de  ceux qui contreviendraient à la règle, des « héros », alors qu’ils ne sont que des irresponsables ou des lâches.

Au contraire nous pouvons retrouver un sens un peu oublié de la liberté, celle qui nous unit aux autres. Impossible aujourd’hui, sauf hypocrisie majeure, irresponsabilité totale ou fanfaronnade déplacée, de décliner de manière séparée Liberté et Solidarité, impossible de séparer  Liberté et Fraternité qui est le ciment de la solidarité.

Reprendre une vie normale ?

Même si c’est un peu brutal, souhaitons que nous ne retrouvions pas une vie normale. Cette expression « Retrouver une vie normale » est souvent employée par les médias.

« Comment les français vivent le confinement avant de retrouver une vie normale ? »

« Combien de temps faudra-t-il pour retrouver une vie normale ? »

« Des mesures vont être prises pour aider les entreprises avant qu’elles ne retrouvent une vie normale ? »

Mais qu’est-ce la vie normale ?

  • La vie d’avant la crise sanitaire, celle du développement de nos sociétés dont nous disons tous aujourd’hui que ce développement est une des raisons de la situation que nous traversons ?
  • La vie d’avant la crise sanitaire, celle de la concurrence à tous les niveaux qui a transformé l’autre en étranger ou en concurrent ?
  • La vie d’avant la crise sanitaire, celle qui a circonscrit la liberté à celle de n’être contrainte par aucun devoir de solidarité ?
  • La vie d’avant la crise sanitaire, celle de l’extension du marché à tous les secteurs, y compris à ceux dont Emmanuel Macron dit aujourd’hui que c’est folie de les avoir délégué à d’autres ?
  • La vie d’avant la crise sanitaire, celle de l’aveuglement devant le réchauffement climatique, dont on sait que l’inaction produira régulièrement et à intervalles de plus en plus rapprochés, des crises telles que celle que nous connaissons aujourd’hui ?
  • La vie d’avant la crise sanitaire, celle du creusement des inégalités et celle du « triomphe de la cupidité » qui est la cause du délitement des liens sociaux et de nos démocraties ?
  • ….

Non, nous ne pouvons pas souhaiter retrouver une vie normale s’il s’agit de cette vie-là. Nous serions collectivement irresponsables.

Ceci étant cette bataille n’est pas gagnée. A des niveaux divers, nous sommes tous concernés pour que les choses changent. Ne comptons pas seulement sur les autres ou sur la capacité des  gouvernants à devenir des magiciens. Ne vivions pas cette période comme une simple parenthèse. Se confiner, ce n’est pas faire le dos rond en attendant que la crise passe. C’est apprendre à vivre autrement, dans notre relation aux autres, avec nos proches, dans notre consommation, dans notre façon de créer, de nous détendre, de nous cultiver, de jouer de nous divertir…, autant de pratiques qui, le moment venu seront des appuis pour vivre et construire autrement notre avenir commun.

Gaby Bonnand

Tag(s) : #Covid19

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