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Aujourd'hui, j'ai reçu un texte d'une amie qui elle-même l'a reçue d'une amie italienne, une amie italienne de Venise. Ce texte, je l'ai trouvé beau. Bien sûr il ne peut pas nous faire oublier le drame qui se vit dans d'autres régions d'Italie et d'ailleurs dans cette crise sanitaire grave. Mais la solidarité avec ceux qui sont frappés par ce drame aujourd'hui, nous oblige, nous exhorte même à nous interroger et et à préparer notre avenir commun.

Ce texte est une invitation à se projeter dans l'avenir autrement, à travailler à concrétiser le rêve d'un autre monde. Il n'enlève pas les souffrances du moment, mais il est une invitation à l'espoir contre la résignation.

La publication de ce texte sur mon blog est aussi une invitation à ceux et celles qui liront ce texte de profiter de cet espace qu'est ce blog pour partager ce que vous inspire cette crise, ce que suscite en vous cet évènement comme réflexions que vous souhaitez faire partager.

Texte d'Arielle Buteaux de Venise

« Je vous écris d’une ville coupée du monde. Nous vivons ici dans une parfaite solitude qui n’est pas le vide. Nous prêtons chaque jour un peu moins attention à ce que nous ne pouvons plus faire car Venise, en ces jours singuliers, nous ramène à l’essentiel. La nature a repris le dessus. L’eau des canaux est redevenue claire et poissonneuse. Des milliers d’oiseaux se sont installés en ville et le ciel, limpide, n’est plus éraflé par le passage des avions. Dans les rues, à l’heure de la spesa, les vénitiens sont de nouveau chez eux, entre eux. Ils observent les distances, se parlent de loin mais il semble que se ressoude ces jours-ci une communauté bienveillante que l’on avait crue à jamais diluée dans le vacarme des déferlements touristiques. Le tourisme, beaucoup l’ont voulu, ont cru en vivre, ont tout misé sur lui jusqu’à ce que la manne se retourne contre eux, leur échappe pour passer entre des mains plus cupides et plus grandes, faisant de leur paradis un enfer.
Venise, en ces jours singuliers, m’apparaît comme une métaphore de notre monde. Nous étions embarqués dans un train furieux que nous ne pouvions plus arrêter alors que nous étions si nombreux à crever de ne pouvoir en descendre! A vouloir autre chose que toutes les merveilles qu’elle avait déjà à leur offrir, les hommes étaient en train de détruire Venise. A confondre l’essentiel et le futile, à ne plus savoir regarder la beauté du monde, l’humanité était en train de courir à sa perte. Je fais le pari que, lorsque nous pourrons de nouveau sortir de nos maisons, aucun vénitien ne souhaitera retrouver la Venise d’avant. Et j’espère de tout mon cœur que, lorsque le danger sera passé, nous serons nombreux sur cette Terre à refuser de réduire nos existences à des fuites en avant. Nous sommes ce soir des millions à ignorer quand nous retrouverons notre liberté de mouvement. Soyons des millions à prendre la liberté de rêver un autre monde. Nous avons devant nous des semaines, peut-être des mois pour réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce qui nous rend heureux.
 
La nuit tombe sur la Sérénissime. Le silence est absolu. Cela suffit pour l’instant à mon bonheur. Andrà tutto bene."