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Billet d’humeur :  Se méfier des certitudes… à la recherche de boucs-émissaires

Débat à partir des articles publiés : " Réactions au billet "Codiv19 fait alliance avec égoïsme et court-termisme !!!"

Référence de lectures : Des articles et un livre

Billet d’humeur

Se méfier des certitudes… à la recherche de boucs-émissaires

Si la crise révèle de nombreuses failles de nos systèmes économiques, de nos systèmes de santé, elle révèle aussi un nombre impressionnant D’INDIVIDUS CERTAINS qui savent, qui sont surs de tout, qui savaient tout avant tout le monde ce qu'il fallait faire. En quelques jours, ils sont nombreux à être devenus des économistes, des professeurs de médecine, des épidémiologiques, des virologues, des spécialistes en immunologie, des experts en tout genre.

Les réseaux sociaux aplanissent la hiérarchie de la parole. Pour parler de telles ou de telles questions, peu importe la compétence, la situation que l’on occupe, décideurs ou commentateurs… Ce qui compte c’est le nombre de « Like » ou de « Vue » sous les posts ou les vidéos mis en ligne, ou l’audience réalisée à la télé ou sur les radios. Un seul juge pour apprécier les paroles des uns et les autres, l’audience sur le net ou dans les médias.

Cette logique ne fait que renforcer les INDIVIDUS CERTAINS dans leurs certitudes pour affirmer des certitudes en opposition avec toutes les décisions prises par les institutions et les pouvoirs qui émanent, faut-il le rappeler de notre fonctionnement démocratique. Décisions qui comportent toujours une part de risques, au contraire des certitudes qui ne sont souvent que de l’ordre du fantasme.

Peu importe si les certitudes d’aujourd’hui contredisent celles d’hier. C’est vrai pour ceux qui après avoir dit fin février que le covid19 n’était qu’une grippette, dénoncent aujourd’hui l’impréparation à gérer la crise. Mais c’est vrai aussi pour tous les commentateurs qui sur les plateau télé dénonçait un état dépensier et aujourd’hui accusent un système qui n’a ni stock de masques, ni stocks de tests. Il ne faut pas s’embarrasser avec des détails, l’important pour un certain nombre de ces INDIVIDUS CERTAINS qui ont acquis la certitude de leur infaillibilité et ne supportent pas l’inconfort du doute, c’est d’affirmer avec certitude que la situation d’aujourd’hui est la preuve de la justesse, de l’incontestable vérité de leurs analyses qu’ils affirment avec certitude depuis des années.

Dans ce monde où une certitude chasse l'autre, ce qui est contraire à la démarche sous-jacente à ce qu'a apportée la science à la civilisation, le docteur Raoult est devenu en peu de temps l'égérie des complotistes, l’icône de nombreuses personnalités politiques et même une référence pour un journaliste d'un journal économique, que je lis et dont j'apprécie la lecture (du journal).

Le monde numérique daté du 30 Mars s’inquiétant de « L’étrange obsession d’un quart des Français pour la thèse du virus créé en laboratoire », relate un sondage de l’IFOP, paru le 28 Mars pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch qui indique que 26 % des Français estiment que le SARS-CoV-2, le virus responsable de la pandémie actuelle, a été créé par l’homme.

L’affirmation de certitudes ne peut que faire prospérer "cette étrange obsession et favoriser la recherche de bouc-émissaires" (1).

Il ne s’agit pas d'être passif ou de refuser une quelconque recherche des responsabilités. Mais nous avons un cadre démocratique pour le faire, le moment venu. Alors un peu d’humilité pour tous  ces INDIVIDUS CERTAINS qui proclament « On n’oubliera pas" « En oubliant bien des choses dans leur formidable colère. Que les restrictions budgétaires portant sur notre système de santé ont démarré en 1983, sous François Mitterrand, par exemple. Qu’à trois jours du premier tour des municipales, aucun des chefs de parti n’envisageait son report. Que nombre des épidémiologistes autoproclamés qui réclament aujourd’hui des têtes sur les plateaux de télévision nous expliquaient, il y a moins d’un mois, sur ces mêmes plateaux, que le gouvernement en faisait trop. Que le Covid-19 n’était pas plus dangereux qu’une grippe saisonnière et que les choses seraient facilement maitrisées en France(2)

Se méfier des certitudes. Une injonction sui s'adresse à chacun d'entre nous et en premier lieu à moi

Gaby Bonnand

1 Article du monde L’étrange obsession d’un quart des Français pour la thèse du virus créé en laboratoire

2 Edito de ce matin dans Ouest France de Stéphane Vernay

Débat à partir des articles publiés

2 Réactions au papier du 18 Mars : « Codiv19 fait alliance avec égoïsme et court-termisme !!!

Celle de Frédéric qui apporte un éclairage important quant à la facilité que pourrait avoir une analyse consistant à faire du libéralisme et de l’ultra-libéralisme, la seule cause de tout ce que nous vivons et invitant à « déconstruire un peu ces notions un peu trop usuelles de libéralisme (et de socialisme ou d’autres) pour avancer dans la transformation de nos sociétés et de la façon dont elles se pilotent ».

« Pas de divergence de fond, mais j’ai une petite prévention personnelle contre la facilité que recouvre la dénonciation du libéralisme, même ultra, même en des termes réfléchis comme ceux d’Axel Kahn. Je suis gêné en fait par la dénonciation de l’égoïsme et du court-termisme comme travers du libéralisme. Je trouve le trait un peu court.

D’abord parce que ces deux travers humains se retrouvent à mon avis dans toutes les sociétés, dans tous les modèles économiques et politiques. Aucune martingale théorique n’a rendu les hommes et les femmes altruistes et visionnaires. Cela ne veut pas dire qu’on ne le devient pas un peu plus collectivement à chaque génération, mais cela ne s’explique pas par un système politique ou un autre, les ressorts du progrès en la matière sont sûrement plus profonds. J’ai tout au plus tendance à penser que la démocratie, ou plutôt la démocratisation des sociétés, contribue à cette amélioration collective, beaucoup plus que les régimes autoritaires. Cela ne veut pas dire que le libéralisme soit exempt de tares, bien au contraire, mais je crois qu’il faut aller plus au fond des choses. Il faut aussi arrêter de parler de libéralisme comme d’une doctrine unifiée et homogène. Il y a au moins autant de variétés de libéralisme que de variétés de socialisme. Les différents crus théoriques qui se sont succédés d’Adam Smith à Hayek et Friedman ou encore John Rawls sont assez nombreux pour meubler la plus grande des caves. Mais ce grand courant de pensée a charrié quelques idées précieuses, mais d’autres qui sont au mieux réductrices, au pire dangereuses. J’aime assez la lecture qu’en fait quelqu’un comme Amartya Sen. Sans prétendre avoir tout compris, j’en retiens les choses suivantes qui me paraissent utiles dans la période que nous vivons : 

L’économie et plus généralement les collectivités humaines ont une capacité d’auto-organisation bien réelle. Pas besoin d’une planification centralisé et autoritaire pour que les choses fonctionnent. Cette idée a été progressivement pervertie quand les libéraux en sont venus à dire que la liberté la plus complète laissée aux individus produit le meilleur des mondes possibles, radicalisation aussi difficile à défendre théoriquement qu’empiriquement. Ge genre de glissement assez ancien (fin 19ème début 20ème), mais il n’est pas constitutif du libéralisme. Au contraire, il constitue un clivage entre deux formes de libéralisme, la première plus humaniste et même progressiste, la seconde plus radicale et souvent plus conservatrice.

Qu’est-ce qui permet d’intégrer le plus d’informations dans les décisions collectives, le marché ou les procédures démocratiques ? Un débat très théorique qui rebondit au 20ème siècle mais qui nous arrive de gens comme Condorcet. La controverse a fait rage entre des (pour le coup c’est mérité) ultra-libéraux et des tenants sinon d’un primat du politique du moins d’un équilibre entre démocratie politique et marché. Le débat n’a pas été tranché mais il a débouché sur des analyses très fécondes sur les carences du marché et de la démocratie politique (du moins ses formes actuelles). Les clivages politiques qui pourraient être issus de ces réflexions ne sont pas clairs à mes yeux. Les formes classiques du marché comme de la démocratie parlementaire apparaissent certes un peu vieillies à l’aune des analyses contemporaines sur le sujet, mais il en va sans doute autant des formes traditionnelles de la social-démocratie. Je pense que le clivage autour du « populisme » relève en partie de ces questionnements.

Au nom de quoi juge-t-on du bien-être d’une population ou d’individus ? Là encore, le libéralisme a eu plusieurs visages dans l’histoire. L’idée réductrice qu’on peut avoir un étalon unique de mesure de ce bien-être (« l’utilité » au 19ème siècle, le PIB après la seconde guerre mondiale) a été progressivement radicalisée, voire caricaturée. Son avatar est l’injonction (grossière) de Friedman qui stipule que les entreprises n’ont d’autres fins que d’accroître la valeur pour l’actionnaire. Mais ce réductionnisme imbécile, qui a fait tant de dégâts ces 40 dernières années, a été aussi vivement combattu, y compris par des auteurs qui se réclament d’une forme de libéralisme (je pense à Rawls par exemple). La critique la plus accomplie est celle de A. Sen que j’évoquais plus haut. Elle promeut l’idée que l’évaluation du bien-être social comme individuel doit se faire à l’aune d’une pluralité de critère, et que le seul un débat démocratique peut en conséquence la conduire. Il y a là un retour à des formes initiales de libéralisme, teintées de moralisme et d’humanisme, (celle d’un A. Smith par exemple), qui pour le coup se retrouve dans le même camp que la social-démocratie la plus pure.

Une autre idée, qui relève un peu de la précédente, est la conception de l’individu et de ses motivations. Là encore, il y a bien une forme caricaturale de libéralisme (je préfère cette expression au terme « d’ultra libéralisme »), c’est celle qui considère que les individus maximisent leur intérêt personnel, dans une rationalité froide et égoïste. Mais l’histoire du libéralisme montre des conceptions plus ouvertes et plus altruistes de la rationalité (on peut encore citer Adam Smith). Et à contrario, il y a des formes de socialisme ou de social-démocratie (sans parler de formes de syndicalisme) qui ont fonctionné sur cette même représentation réductrice de l’intérêt des individus.

Celle de Daniel qui attire l’attention sur les plus fragiles de nos sociétés et sur l’importance des comportements de chacun

« Il n'y aura pas de "révolution" du système sans "conversion" personnelle. Sans réflexion sur l'organisation et le fonctionnement de notre démocratie politique, sociale, culturelle, ..... Sans questionnement sur notre relation au temps qui passe qui a tendance à gérer nos vie alors que nous devrions le gérer ou au moins l'apprivoiser. Sans élargissement de notre capacité à transcender les frontières qui nous partagent inexorablement entre "de chez nous" et "pas de chez nous" .... Sur ce dernier point, je suis effaré de voir comment sont oubliés ces milliers de personnes qui sont entassées aux frontières de l'Europe, ou dans des camps un peu plus loin, dans des conditions qui font qu'elles peuvent être contaminées à grande vitesse par le Covid 19. Les frontières sont fermées. Parfait. Point. Le reste ne nous regarde pas. Or il suffit de se mettre en face de photos prises en ces lieux pour être interpelé profondément par le regard de ceux qui sont prisonniers dans ces lieux, enfants, pères, mères, vieillards.

Référence de lecture

Des articles

Un article dans le monde du 1° Avril de Claude Lepen  professeur à l’université Paris-Dauphine, où il dirige le master économie et gestion de la santé. Il revient sur l’histoire d’un passage d’un plan ambitieux contre les pandémies mis en place après la grippe aviaire à la pénurie que nous connaissons aujourd’hui : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/30/claude-le-pen-en-2007-la-france-avait-su-mettre-au-point-un-dispositif-de-protection-tres-ambitieux-contre-des-pandemies_6034911_3232.html

La lettre Politique de Laurent Joffrin du 30 Mars : Le populisme sanitaire : https://www.liberation.fr/politiques/2020/03/30/le-populisme-sanitaire_1783566

La tribune de Pierre Veltz dans Télos : https://www.telos-eu.com/fr/societe/covid-19-meme-en-temps-de-crise-un-peu-de-recul-ne.html

Livre

Un livre de Pierre Rosanvallon : Le siècle des populismes. Le Seuil Janvier 2020. Ce livre peut sembler éloigné de la crise qui nous frappe, mais qui peut être très utile pour préparer demain.

 

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