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Billet d’humeur

En Guerre ou pas en guerre ?

Je n’ai pas été choqué lorsque le Président de la République a utilisé la métaphore de la guerre avec le langage emprunté à sa dramaturgie, dans son discours du 16 Mars, contrairement à des amis qui n’ont pas aimé la comparaison.

Mais sommes-nous vraiment en guerre ? Pour ma génération, il est difficile de comparer la situation que nous vivons avec celle d’un temps de guerre.

La construction européenne qui a suivi la 2° guerre mondiale, si décriée aujourd’hui, accusée de tous les mots et de tous nos malheurs, a tout de même permis, faut-il le rappeler, à notre génération de nous épargner la guerre.

Mais revenons au sujet qui nous occupe. Sans avoir connu la guerre, ce que j’en ai lu, entendu par mon entourage, ce que nous vivons peut s’apparenter à certains égards, à des situations vécues en temps de guerre : Interdiction de sortir sans un « laisser passer », la restriction d’un certain nombre de libertés avec déploiement de forces importantes de polices pour contrôler la population, application de la médecine de catastrophe dans les hôpitaux, …

Mais une fois ce constat réalisé, y-a-t-il similitude entre une situation de guerre contre un ennemi identifié, visible dont on connait ses objectifs et une situation de lutte contre une maladie provenant d’un virus.

Ce qui n’avait jamais attiré mon attention hier, devient objet de curiosité aujourd’hui. Dans mes lectures qui jalonnent mes journées de confinement, j’ai été sensible à quelques tribunes qui contestent le fait que nous soyons en guerre. « Il ne s’agit pas d’une guerre », nous dit la philosophe  Claire Marin dans le monde du 25 Mars, « parce qu’il n’y a pas d’ennemi. Nous sommes face à un phénomène qui s’inscrit dans la loi du vivant, laquelle se manifeste à la fois au travers de processus de création et de destruction. La maladie fait partie de la vie au sens biologique, comme la dégénérescence et la mort. Il n’y a pas d’ennemi quand il n’y a ni intelligence humaine ni intention de nuire. Il s’agit d’un phénomène biologique qui nous menace et nous met à l’épreuve, mais ce n’est pas une guerre. Penser les maladies sur le modèle de la guerre, ce qui est courant, c’est se méprendre sur l’essence du vivant…. ». 

Il n’y a pas de guerre parce qu’il n’y a pas d’ennemi. Il n’y a pas d’ennemi parce que nous dit un autre Philosophe Coccia Emanuele, « Tous les êtres vivants, peu importe leur espèce, leur règne, leur stade évolutif, partagent une seule et même vie … » et de poursuivre « c’est la seule et même vie que chaque vivant transmet à sa progéniture, la seule et même vie qu’une espèce transmet à une autre espèce dans l’évolution », en indiquant ce que j’aurais eu du mal à entrevoir, il y a encore 15 jours,  que «Ce virus, même si c’est difficile à voir, est aussi une vie future qui se prépare. Pas forcément identique à celle que nous connaissons, ni d’un point de vue biologique ni d’un point de vue culturel ».

Je ne vais pas jouer au savant et dire que ce qui est dit là, est pour moi une évidence. Non je ne sais pas trop ce que veut dire cette autre vie qui se prépare. Mais ça aiguise ma curiosité, mon envie d’explorer des chemins nouveaux pour inventer l’avenir.

Moi qui pensais que cette crise nous imposait de prendre en compte d’avantage des questions environnementales, les questions écologiques, telles qu’elles sont le plus souvent posées dans le débat public, intégrant, de manière plus ou moins consciente, la supériorité de l’espèce humaine, voilà que ce même philosophe appelle à rompre avec l’idée que nous nous faisons de l’écologie. Selon l’auteur celle-ci est sous-tendu par une vision patriarcale des choses issue de siècles d’histoire. Cette conception a conduit les Humains à croire qu’ils sont « au sommet de la création ou de la destruction... Nous avons rêvé d’être les seuls responsables de la destruction. Nous faisons l’expérience que la Terre peut se débarrasser de nous avec la plus petite de ses créatures ». Et oui, la pandémie actuelle serait « juste la conséquence du fait que toute vie est exposée à la vie des autres, que tout corps héberge la vie des autres espèces, est susceptible d’être privé de la vie qui l’anime. Personne, parmi les vivants, n’est chez soi… il n’y a que des migrants sur Terre, car la Terre est une planète, un corps qui est constamment à la dérive dans le cosmos ».

Cette approche que je découvre n’est pas une nouvelle certitude qui s’impose à moi, d’autant moins que je ne prétends pas avoir saisi tout le sens de ce que l’auteur résume de sa pensée en une tribune. Je ne suis sûr de rien, mais Voilà de quoi ouvrir des champs de réflexions et d’actions dès aujourd’hui pour préparer l’après crise sanitaire que nous traversons.

Plus qu’à la guerre contre un virus, c’est à la cohabitation que nous sommes invités : Une Révolution en somme.

Gaby BONNAND

 

Débat à partir des articles publiés

Cette rubrique ne reprend pas toutes les réactions que je reçois. N’y voyez pas un jugement de valeur. C’est simplement mettre en ligne des apports que je trouve dommage de garder pour moi, pour faire vivre le débat.

Pour poursuivre le débat suite au papier  « le coronavirus, un moment de mondialisation particulier" du 23 Mars.

Patrice pour qui un retour comme avant est impossible « car le tsunami va provoquer des faillites, des chômeurs, des déficits budgétaires, etc.. et finalement qu’on le veuille ou non un changement de frontières entre le privé et le public », attire l’attention sur l’importance de ne pas tomber dans la facilité de penser les solutions d’avenir que par un Etat qui redeviendrait un Etat Opérationnel en tout. Une évolution dans les frontières public/ privé « Peut être sous l’angle de la solidarité ou de la lutte contre les inégalités (retour de l’ISF ? Remontée de l’IS ? progressivité de l’IRPP pour évoquer les sources indispensables de financement). Mais soyons précis, on a besoin d’un Etat stratège, régulateur, orienteur et pas d’un Etat plus les mains dans l’opérationnel. C’est moins une question de propriété qu’une question de contrôle et de délégation correcte des activités de service public et aussi  de réguler sans faiblir (je veux dire sans être prisonnier des lobbies) des pans entiers d’activité (audiovisuel, télécom, santé, réseaux de toute nature).  Quand on y pense, les outils existent déjà (cf. les multiples agences indépendantes sur l’énergie, les télécoms, etc.) et P Rosanvallon a bien montré qu’elles étaient partie prenante de la construction démocratique fussent-elles non élues, à condition d’être transparentes, de rendre des comptes[1], etc. Tu es bien placé pour savoir par exemple sur la santé combien l’Etat a la main sur tout, mais qu’il a heureusement laissé des marges opérationnelles à des opérateurs privés pour la prévoyance, l’hébergement des personnes dépendantes, la fabrication des médicaments même si on fixe des prix, des obligations, etc... Mais bien sûr, laisse -t-on la big pharma faire la loi ou les pseudos médecins libéraux être solvabilisés par le collectif et n’en faire qu’à leur tête ? C’est là qu’il faut rectifier les frontières. La complexité et l’interpénétration du monde devenu un gigantesque réseau de communication de marchandises d’argent, de services, d’idées rend la gestion problématique  et doit faire appel à l’intelligence de tous. Les risques ont changé de nature et ont crû dès lors que le grand apaisement attendu de la fin de l’histoire (en gros tous socio-démocrates avec plus ou moins de variantes) a volé en éclat avec le terrorisme, les régimes illibéraux, et le capitalisme devenu sans limites (d’étendue, de nature, de voracité, etc.).Voilà du pain sur la planche !! Ton approche qui met l’accent sur la démocratie et la solidarité doit s’élargir encore pour embrasser les enjeux du comment mettre cela en musique dans un monde ouvert, complexe, individualisé.La question de la liberté  dans un monde de près de 10 milliards d’habitants devient une lourde question (liberté du touriste, du consommateur, du prédateur de matières premières ?) et la question des contraintes / responsabilité un volet complémentaire (quand on vit en société on ne fait pas n’importe quoi, au nom de « j’ai le droit de »). Réhabiliter l’Etat, c’est peut-être moins le mettre en accusation pour sa gestion d’une crise qu’il n’a pas su prévoir que de réfléchir à sa fonction de protection mais aussi d’éditeur de règles (acceptées, partagées, co-construites ?) construisant une société, d’une horde d’individus.

Aurélie qui tempère une vision du papier trop négative du rapport entre liberté et responsabilité en soulignant que dans la période « Il me semble que certains s’organisent, se mobilisent de telle manière que, dans quelque chose qui aurait pu à d’autres moments de l’histoire s’apparenter à de la résistance, dans des conditions qui garantissent leur sécurité et celle des autres, se réinvente sous nos yeux une idée nouvelle de la solidarité qui dépasse sa propre personne ».

Pierre-Yves insiste sur l’importance que « la perte de la notion d’intérêt général, assimilé par  beaucoup comme la somme des intérêts particuliers, dont le sien en premier, doit être questionnée. Nous devons retrouver de qui fait lien dans notre monde et construire ensemble ce qui doit être le socle de valeurs portant notre devenir; Cette approche orientée au changement doit se substituer aux politiques fondées sur l’intérêt immédiat, à court terme au détriment de la pérennité de notre monde.

« Le  faire avec » que tu soulignes, doit être mis au centre de tout processus décisionnel.  C’est le principe à la base de l'autonomisation et de la responsabilisation. Si on veut faire pour quelqu'un sans le faire  avec, il y a de grande chance à ce qu’on le fasse contre. 

 

1"La légitimité démocratique" Le Seuil Chapitre 1 de la partie 2 : les autorités indépendantes, histoires et problèmes p121 et suivante

 Référence de lectures

La tribune du Monde de Claire Marin (le billet y fait référence) : https://myurgence.com/penser-les-maladies-sur-le-modele-de-la-guerre-cest-se-meprendre-sur-lessence-du-vivant/

La tribune d’Emanuele Coccia (le billet y fait référence) : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/03/emanuele-coccia-la-terre-peut-se-debarrasser-de-nous-avec-la-plus-petite-de-ses-creatures_6035354_3232.html

La tribune de Eloi Laurent : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/le-confinement-et-la-distanciation-sociale-vont-aggraver-l-epidemie-de-solitude-deja-a-l-uvre_6034183_3232.html

L’entretien de Jean Viard dans OF du 4 Avril: https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/confinement/entretien-le-sociologue-jean-viard-nous-avions-oublie-notre-appartenance-une-espece-6800170

proposition de livre

Le bel avenir de l’Etat providence d’Eloi Laurent qui propose une approche de la Protection sociale qui intègre le risque écologique. Un bouquin facile à lire,  qui est aussi l’occasion de faire un détour par l’histoire de la construction des protections sociales.

 

 

 

Tag(s) : #Covid19

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