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SOMMAIRE

Le billet : La richesse créée dans la période est hors des radars du PIB. Et pourtant elle est réelle.

Le Débat : Retour sur le papier du blog titré « Comment en est-on arrivé là ? » du 30 Mars

Référence de lecture : Articles et Livre

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Billet

La richesse créée dans la période est hors des radars du PIB. Et pourtant elle est réelle.

« Il existe un consensus sur le fait que la qualité de la vie dépend de la santé et de l’éducation, des conditions de vie quotidienne (dont le droit à un emploi et à un logement décents), de la participation au processus politique, de l’environnement social et naturel des personnes et des facteurs qui définissent leur sécurité personnelle et économique ». (extrait du rapport de la commission Stiglitz, Sen, Fitoussi p.17)

Selon une estimation de la Banque de France publiée ce mercredi 8 avril, le produit intérieur brut français a plongé d’environ 6 % au premier trimestre 2020, plombé par l’épidémie de Covid-19 qui a mis une grande partie de l’économie à l’arrêt

Selon UBS (Union de Banque Suisse) nous dit le Monde[1] « l’ensemble des plans de relance à travers la planète atteint désormais 2,6 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. Dans certains pays, ils vont bien au-delà : 10 % aux Etats-Unis, 8 % au Royaume-Uni… Et ce n’est très probablement qu’un début ». La conséquence de ces plans rajoutés à l’arrêt de la production dans de nombreux secteurs, fait exploser la dette des états. « La dette des pays européens, déjà passablement lourde, va faire un bond. En Italie, elle s’élève actuellement à 135 % du PIB et pourrait passer à… 181 % d’ici à la fin de l’année, selon l’hypothèse la plus pessimiste des analystes de la banque d’investissement américaine Jefferies (ou 151 % pour la plus optimiste) ». Concernant la France dans le scénario noir qui prévoit une récession de 15% (chute du PIB de 15%) en 2020, la dette passerait de 101 % à 141 % du PIB.

Loin de moi l’idée d’ignorer les conséquences économiques de la crise financière. Mais je suis tout de même surpris que toutes les analyses économiques comme les scénarios présentés ont pour seul référence et comme seul indicateur, le PIB.

Or ce même PIB, fait l’objet de beaucoup de critiques comme indicateur permettant de mesurer les performances économiques et sociales. Nicolas Sarkozy, alors président de la république, avait demandé à 3 économistes de renom, Joseph STIGLITZ, Amara SEN et Jean Paul FITOUSSI de mettre en place une commission afin  « pour mission de déterminer les limites du PIB en tant qu’indicateur des performances économiques et du progrès social, de réexaminer les problèmes relatifs à sa mesure, d’identifier les informations complémentaires qui pourraient être nécessaires pour aboutir à des indicateurs du progrès social plus pertinents, d’évaluer la faisabilité de nouveaux instruments de mesure et de débattre de la présentation appropriée des informations statistiques »[2].

Bien avant cette mission d’autres travaux ont été réalisés. Si des travaux remontent aux années 70, Je veux souligner les travaux qui ont recommencé dans les années 90. Je veux notamment le livre de Dominique MEDA, « Qu’est-ce que la richesse » sorti en 1999 » et le rapport de Patrick VIVERET issu de la mission qu’il conduisait en 2001 sur les nouveaux facteurs de richesse « Reconsidérer la richesse ». Ces 2 intellectuels sont d’ailleurs à l’initiative en 2008 de la création du Forum pour d'Autres Indicateurs de Richesse (FAIR).

Je ne suis pas économiste mais il est surprenant que ces travaux semblent totalement oubliés dans le débat public. La crise est analysé sur la base du seul PIB, alors que les auteurs du rapport de la commission STIGLITZ, SEN, FITOUSSI écrivaient « Ce que l’on mesure a une incidence sur ce que l’on fait ; or, si les mesures sont défectueuses, les décisions peuvent être inadaptées. Le choix entre accroitre le PIB et protéger l’environnement peut se révéler être un faux choix dès lors que la dégradation de l’environnement est prise en compte de manière appropriée dans nos mesures des performances économiques », rappelant au passage qu’il se peut toutefois « que si l’on avait été plus conscient des limites des mesures classiques comme le PIB, l’euphorie liée aux performances économiques des années d’avant la crise aurait été moindre, et que des outils de mesure intégrant des évaluations de la soutenabilité (endettement privé croissant, par exemple) nous auraient donné une vision plus prudente de ces performances ».

Dans ce rapport il y a des choses qui résonnent de manière incroyable dans la période que l’on vit.

Devant la crise qui met en première ligne et en tension également, les services de santé, ce qu’écrivaient les auteurs doit être remis en lumière « Les pouvoirs publics jouent un rôle important dans les économies contemporaines. Les services qu’ils offrent sont soit de nature « collective » comme la sécurité soit de nature plus « individuelle » comme les prestations de santé ou l’enseignement. Ces services, qui ont tendance à être de grande ampleur et ont augmenté considérablement depuis la Deuxième Guerre mondiale, restent toutefois mal mesurés dans de nombreux cas[3]».

De même compte tenu de ce que l’on sait sur le virus et des évolutions de l’environnement sur sa mutation de l’animal à l’Homme, comment ne pas se rendre compte de l’importance de ces mots écrits il y a plus de 10 ans « Nous sommes également confrontés à l’imminence d’une crise environnementale, tout particulièrement du fait du réchauffement planétaire. Les prix du marché sont faussés par le fait qu’aucune taxe n’est imposée aux émissions de carbone et les mesures classiques du revenu national ne tiennent aucun compte du cout de ces émissions. Il est clair que des mesures des performances économiques qui tiendraient compte de ces couts environnementaux seraient sensiblement différentes des mesures habituelles[4] ».

Je ne suis pas économiste mais il me semble qu’il serait utile dans cette période de commencer par se rappeler cette remarque, oh combien capitale, des auteurs il y a 12 ans « Ce que l’on mesure a une incidence sur ce que l’on fait ». Si ce que l’on mesure a des incidences sur ce que l’on fait, il est urgent de se demander ce que l’on veut pour demain, mesurer ce que l’on attend. Travailler demain avec les mêmes indicateurs produira les mêmes effets qu’hier.

Alors dans ce pays que l’on nous décrit à l’arrêt, il y a de la richesse qui se crée. Il y a de nouveaux moyens d’échanges qui se développent. Peut-être serait-il utile de regarder, d’observer pour envisager l’avenir plutôt que nous projeter dans l’avenir avec les lunettes d’hier dont on sait qu’elles ne sont plus adaptées.

Par exemple le confinement peut être vu comme une sorte comme un échange à la qualité accrue des soins. En ayant pour effet de ralentir la contamination, le confinement permet de réduire l’afflux de malades les plus gravement atteints du covid19, dans les services de soins, permettant ainsi aux personnels soignants de pouvoir avoir une qualité de prestation plus grande. On peut dire en quelque sorte que cet échange ne passe certes pas par la monnaie habituelle mais il crée de la richesse par le nombre de patients qui peuvent être sauvés.

L’investissement de nombreux parents dans le soutien au cours que dispensent les professeurs à distance contribue à créer une richesse indispensable à notre avenir : l’éducation et la formation.

Le nombre d’initiatives relatées par les journaux prises par des individus ou des associations pour créer de nouvelles façons de communiquer, de créer du lien, d’échanger des savoirs, de partager des réalisations (musique, peintures, photos, dessins…) A titre d’exemple, au centre social dans lequel je suis investi, nous constituons une « réserve de bénévoles ». Des habitants en plus des bénévoles habituels, ont répondu à cette invitation. Ainsi l’épicerie sociale peut continuer à se tenir pour les familles bénéficiaires. Le bénévolat peut être vu comme un échange à la qualité de la vie de personnes en difficulté. En plus de la richesse créée par le fait que des personnes puissent se nourrir, il se crée du lien social indispensable à la qualité de la vie.

Je pourrais multiplier les exemples de richesses créées dans cette période, sas pour autant que cette richesse soit comptabilisé dans le PIB.

Pour conclure, je ne veux pas nier l’importance de la crise économique qui se profile, mais il est plus que temps que les travaux réalisés  sur la manière dont on calcul la richesse créée soient ressorties des placards pour servir d’outils pour la préparation du jour d’après.

Il faut arrêter de penser et de laisser dire que dans cette période, il ne se crée pas de richesses. C’est faux. Elle n’est certes pas mesurer. Ce qui est différent. Alors profitons de cette période pour préparer le jour d’après, en identifiant les richesses nécessaires au bien être individuel et collectif, en capitalisant de nouvelles manières de créer de la richesse qui se révèlent dans la période.

Gaby BONNAND

[1] Le monde du 4 Avril2020

2 Rapport de la commission p.7

3 Rapport de la commission p.12

4 Ibid. p.9

Cette rubrique ne reprend pas toutes les réactions que je reçois. N’y voyez pas un jugement de valeur. C’est simplement mettre en ligne des apports que je trouve dommage de garder pour moi, pour faire vivre le débat.

Retour sur le papier du blog titré « Comment en est-on arrivé là ? » du 30 Mars

Dans ce texte je faisais référence probablement trop rapidement et de manière sommaire à la logique néolibérale. Ça a suscité plusieurs réactions qui permettent d’enrichir le débat. J’en reproduis 3 ci-dessous.

Dominique Je suis en accord total avec ton texte « comment en est-on arrivé là ». Cependant, une phrase me parait mériter un développement qui n’est pas fait, faute de quoi elle donne l’impression d’une vision manichéenne trop simpliste. Cette phrase est la suivante : « Celle logique néolibérale qui a fait de l'enrichissement de quelques-uns, l'alpha et l’oméga des systèmes économiques, tout en donnant l'illusion à une grande masse qu'ils en profitaient aussi, montre sa perversité. »

Il est exact que la logique néolibérale abouti à l’enrichissement faramineux et indécent de quelques-uns mais elle n’est pas la seule dans ce cas. Il en va de même dans les économies dirigées et planifiées au nom d’une idéologie qui se veut égalitariste ou protectrice et qui active toujours essentiellement le nationalisme, plus ou moins exacerbé, pour se légitimer et se justifier. Les nomenklaturas et autres castes qui s’approprient le pouvoir politique par des moyens la plupart du temps non démocratique, s’enrichissent elles aussi sur le dos des autres et avec le même cynisme que les détenteurs du capital dans une économie libre.

Par ailleurs, l’économie libérale a fondamentalement pour supports le marché, la créativité entrepreneuriale, l’ouverture internationale et la démocratie. Le marché qui permet l’expression directe et l’accès à l’offre et à la demande ou l’inverse. La créativité entrepreneuriale qui est le vecteur principal du développement des progrès technologiques et scientifiques issues de la recherche. L’ouverture internationale qui permet la diffusion des progrès et soutien la paix. La démocratie, qui garantit les libertés économiques et politique et le débat sur les choix de régulations.

La dernière partie de la phrase « tout en donnant l'illusion à une grande masse qu'elle en profitait aussi, montre sa perversité » n’est pas, elle non plus, l’exclusivité de la logique néolibérale. En outre elle flirte dangereusement avec les théories du complot ou de la dénonciation du puissant, en bouc émissaire. Le système libéral a des effets positifs réels qui ne sont pas que des illusions. Des populations entières ont eu accès à un confort de vie supérieur et sont sorties de la misère. Les individus et les ménages sont aussi des consommateurs qui aspirent à accéder à tous les produits à des prix abordables pour eux, ce que le système leur permet dans une large mesure. En disant cela, je n’ignore pas que le modèle de consommation les y incite aussi ni que la mondialisation réduit aussi des populations à la prolétarisation.

Les critiques du néo libéralisme à mettre en avant sont démontrées et étayées par des personnes ou des acteurs compétents et concernent le mode de développement qu’il induit : le creusement des inégalités notamment en matière de partage des richesses et de patrimoine ; la destruction de ressources non renouvelables et de la biodiversité ; la concurrence exacerbée destructrice de valeur ; la domination de la croissance et du PIB comme critères quasi uniques de mesure du développement ; les tensions internationales dues à la captation de biens naturels ; la financiarisation de l’économie qui fait de l’argent une fin en soi par le profit au détriment de son rôle initial qui est de financer le développement et de faciliter les échanges ; les concentrations capitalistiques et monopolistiques qui divisent le travail et structure les chaines de valeur pour la recherche du profit maximum ; etc.

Les solutions sont aussi connues mais hélas pas suffisamment portées : la régulation du système des échanges et des financements dans le sens d’un développement durable, notamment en matière environnementale et de justice sociale. Mais c’est là le sens de ton texte.

Me connaissant et connaissant mon parcours je sais que tu comprendras que je pouvais me permettre cette réaction sans risquer d’apparaitre comme un défenseur inconditionnel du néo libéralisme.

Bernard : Une petite remarque à partir de la phrase "Je souscris grandement à son analyse consistant à voir dans la logique néolibérale, la cause principale de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui". Encore faudrait-il savoir ce que vous désignez par logique néolibérale. Comment d'ailleurs considérer qu'une logique puisse être une cause ?

S'agit-il de décrire un état du monde (caractérisé par la démocratie, l'économie de marché...) ? Dans ce cas si la France s'inscrit dans une logique néolibérale, qu'en est-il des États- Unis ? La logique néo libérale peut-elle rendre compte de la situation d'un pays ou les dépenses publique s'élèvent à 55% du PIB et les dépense de protection sociale à  30% du PIB. Le terme logique néo libérale ne peut servir à désigner notre réalité.


S'agit-il de décrire de décrire des idées qui seraient devenus dominantes ? Mais les idées de qui, Hayek, Friedman ? Cela fait bien longtemps que ces idées ne sont plus dominantes au sein des économistes et au sein des institutions économiques OCDE, FMI et même BCE. Ces idées n'ont jamais trouvé aucun support politique en France. Trump protectionniste n'a rien d'un néolibéral... Bien évidemment il y a des politiques austéritaires mais il n'y a pas besoin d'être néolibéral pour plaider pour la réduction des dépenses publiques : La Cour des comptes n'est pas néolibérale, elle exprime sans référence à de subtiles théories économiques de vieilles croyances (s'endetter c'est toujours mal....). Bien évidement il y a des politiques pro-riches mais les intérêts de classe n'ont pas besoin d'une idée, d'une logique pour se développer, ils sont prêt pour cela à tous les illogismes...

En un mot les théories qui visent à expliquer notre situation par la logique néolibérale relèvent largement d'une forme savante, dominante chez les intellectuels de gauche critique, de la rhétorique du complot (tous nos malheurs viennent de la pensée dévoyée de quelques économistes réunis dans la société du mont Pélerin...) et du décadentisme (c'était mieux avant ... quand on était tous keynésiens)

En conclusion Bernard considère que la  référence à la logique néolibérale loin d'apporter des lumières, est une manière de ne pas penser notre Monde...

Philippe: Le néolibéralisme a surfé sur la montée de l'autonomie des individus qui a cassé certains liens de solidarité anciens mais aussi permis notre émancipation du pouvoir du curé, du papa et du parti...les femmes en ont été les premières bénéficiaires. Mais, comme j'aime â le dire, l'hédonisme contemporain n'est pas pur individualisme. La société du "chacun son choix" n'est pas nécessairement celle du "chacun pour soi". A preuve notamment toutes les dynamiques à l'œuvre dans la société civile. Au-delà des individus que nous sommes, the is something as a society, pour inverser la célèbre formule de Thatcher

Poursuivons le débat

 Référence de lectures

Article du Monde du 4 Avril2020 « Le monde va faire face à une montagne de dettes » https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/02/apres-la-pandemie-le-monde-face-a-une-montagne-de-dettes_6035326_3234.html

Interview d’Alain Supiot dans Alternatives économiques « Seul le choc avec le réel peut réveiller d’un sommeil dogmatique »

 https://www.alternatives-economiques.fr//alain-supiot-seul-choc-reel-reveiller-dun-sommeil-do/00092216?utm_source=emailing&utm_medium=email&utm_campaign=NL_Quotidienne&utm_content=21032020

Le rapport de la commission Stiglitz, Sen, Fitoussi sur la mesure des performances économiques et du progrès social : https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/094000427.pdf

Propositions de Livre :

Dominique MEDA : « Au -delà du PIB, pour une autre Mesure de la richesse ». C’est aux éditions « chams actuel », une actualisation du livre paru à l’origine, en 1999, chez Aubier de la même auteure sous le titre « Qu’est-ce que la richesse ? ».

Ce livre et notamment les reprises qui sont faites du livre de 1999, analyse bien avant la commission mis en place par Nicolas Sarkozy, les limites du PIB et développe des propositions pour d’autres indicateurs de richesse au service d’une politique de civilisation.

Edgar MORIN- Patrick VIVERET : « Comment vivre en temps de crise » ? Paru en 2010 dans la période de crise des subprimes, c’est un livre facile à lire. Bien sûr, ce n’est pas la même crise que nous vivons, mais un certain nombres de propos résonnent aujourd’hui comment étant d’une brulante actualité.  

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