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Billet       Repenser le "POLITIQUE"

Débat à partir des articles publiés    A Propose de l'article sur le redémarrage de l'économie

Référence de lectures     Des articles et un livre

Billet      

Repenser le "POLITIQUE"

Il y a quelques jours, les organisations syndicales, et associations composant le Pacte du pouvoir de vivre ont fait part de leurs propositions immédiates à mettre en œuvre pour accompagner le déconfinement[1].

Dans une période où il est souvent question du monde d'hier ou de celui de demain, il est stimulant de voir un collectif d'organisations de la société civile nous parler du monde d'aujourd’hui.

Oui en effet les revendications portées par le « Pacte du pouvoir de vivre » visent à apporter des réponses concrètes à des situations concrètes.

Cette démarche mérite d'être soulignée et valorisée car elle nous dit des choses sur la manière dont l'action quotidienne pour améliorer la vie des individus, peut redonner du sens à l'action de transformation sociale et environnementale.

Cette démarche réhabilite dans l'espace public, le terme "POLITIQUE".

Ce mot "POLITIQUE" dont l'étymologie nous rappelle qu'il exprime la manière dont les hommes et les femmes au cours de leur histoire se sont intéressés à l'organisation de la vie de la cité, est trop souvent circonscrit aujourd'hui, à l'activité des partis politiques et donc à des positions et actions partisanes.

Avec le Pacte du pouvoir de vivre, il ne s'agit pas du tout d'une démarche partisane. Il s'agit de s'intéresser à la vie de la cité, à celle des hommes et des femmes et à leur condition d'existence.

Le « POLITIQUE » qui désigne à la fois, la vie de la cité, les façons dont les hommes et les femmes s'organisent et les manières dont ils veulent vivre ensemble, ne peut donc pas se circonscrire à l'action de quelques partis politiques qui plus est, sont devenus squelettiques.

Réhabiliter le « POLITIQUE » au sens large, est absolument nécessaire pour réinventer des formes nouvelles de liens entre actions concrètes quotidiennes et transformation profonde de nos sociétés.

Cette réhabilitation du « POLITIQUE » est le chemin le plus sûr pour combler le vide qui s'est installé entre l'action quotidienne de nombreuses organisations ou associations et une gestion au fil de l'eau, par le "pouvoir Politique".

Ce vide est dangereux. Dans ce vide, naissent les mouvements de défiance. Mouvement de défiance envers ceux qui détiennent le pouvoir, bien sûr. Mais défiance également envers les acteurs qui agissent au quotidien, accusés soit d’être peu efficaces, soit d’accompagner en ne s’opposant pas radicalement à ceux qui détiennent le pouvoir.

C’est dans ce vide que se structurent les radicalités de toutes finalités. C’est dans ce vide que prospèrent les théories du complot et le populisme.

Le POLITIQUE ne se circonscrit pas à l'action des partis politiques. Ce n'est pas non plus un terrain de jeu pour concours de grandes envolées lyriques au phrasé grandiloquent. Ce n'est surtout pas un terrain à laisser ni aux semeurs de haine, ni aux adeptes du rejet de l'autre et du refus de la différence.

Le POLITIQUE c'est l'action qui transforme la vie de la cité et lui donne du sens

De ce point de vue, l'émergence dans la société du Pacte de pouvoir de vivre comme regroupement d'acteurs qui agissent au quotidien pour redonner de la dignité aux individus et donner sens au vivre ensemble, est une bouffée d'oxygène pour notre démocratie.

Je soutiens les propositions du Pacte du pouvoir de vivre

Gaby BONNAND

 

[1] https://www.pactedupouvoirdevivre.fr/les-15-mesures-indispensables-pour-la-fin-du-confinement/

Débat à partir des articles publiés 

A propose de l'article sur le redémarrage de l'économie

Le papier du blog concernant la reprise de l'activité économique, a provoqué plusieurs réactions tant sur le blog que sur les réseaux sociaux. J'ai choisi de reproduire ici non pas des réactions mais un article qui m'a été envoyé via un commentaire sur mon billet. Cet article de Hubert Kempf ( Professeur d'économie, ENS Paris Saclay) publié par Telos le 2 mai. Titré "Le triangle d'impossibilité du covid-19", l'article éclaire les politiques mises en œuvre dans les différents pays où les gouvernants n'ont pas à résoudre un dilemme mais un trilemme comme l'explique l'auteur:

 1/ Maîtriser optimalement la pandémie sur le plan sanitaire. Cette maîtrise se mesure synthétiquement par le nombre de décès dus au virus pendant sa période d'activité qu'il s'agit de minimiser.

2/ Assurer le statu quo ante en matière économique. Ou encore faire que la pandémie n'ait aucune incidence économique.

3/ Garantir le plus grand respect des libertés publiques et individuelles.

"Comment faire face à la pandémie du covid-19 ? Quelles politiques adopter ? Si la première constatation à faire à propos de cette pandémie est qu'elle touche tous les États de la planète, la seconde est que les réponses apportées par ces États sont d'une extrême diversité, tout autant que les résultats. La raison de cette diversité réside dans un « triangle d'impossibilité ». L'expression, bien connue des économistes, renvoie originellement à la difficulté de gérer un pays en régime de change fixe, ou encore de résoudre non pas un dilemme mais un trilemme. Elle semble adéquate pour penser la difficulté de la gestion publique de la pandémie car cette difficulté peut également se penser comme un trilemme. Les termes de ce trilemme (graphiquement, les sommets du triangle d'impossibilité) sont les suivants.

1/ Maîtriser optimalement la pandémie sur le plan sanitaire. Cette maîtrise se mesure synthétiquement par le nombre de décès dus au virus pendant sa période d'activité qu'il s'agit de minimiser.

2/ Assurer le statu quo ante en matière économique. Ou encore faire que la pandémie n'ait aucune incidence économique.

3/ Garantir le plus grand respect des libertés publiques et individuelles.

Il apparaît impossible d'atteindre ces trois objectifs simultanément. Deux peuvent être atteints (logiquement ; pratiquement, c’est bien sûr une autre affaire) aux dépens du troisième.

• Il est possible par une restriction absolue des libertés publiques et individuelles que les pouvoirs publics dictent leurs comportements aux citoyens d'assurer la rupture complète des chaînes de transmission du virus, tout en maintenant intact le processus de production et de distribution des biens et services.

• Si les pouvoirs publics sacrifient l'objectif économique et sont prêts à assumer un coût probablement vertigineux en matière de production perdue, ils peuvent là encore gérer optimalement la pandémie en limitant au minimum les libertés de mouvement des individus, en particulier par la suppression des contacts interpersonnels sur les lieux de travail.

• Enfin, si les pouvoirs publics décident de sacrifier la maîtrise de la pandémie, ils peuvent laisser les individus et les entreprises fonctionner comme avant, sans restreindre leurs libertés de mouvement et laisser ainsi libre cours à la transmission interpersonnelle du virus. Il s'agit là de la stratégie d'immunité collective.

Ce trilemme permet de comprendre les trois types de stratégie extrême qui encadrent les choix politiques des dirigeants des États de la planète.

Les États "libertariens" choisissent de sacrifier la maîtrise de la pandémie pour ne pas limiter la liberté de mouvement des citoyens et leur permettre de travailler "normalement". C'est la stratégie que l'administration Trump est tentée d'appliquer aux États-Unis.

Les régimes autoritaires ne se préoccupent pas de libertés, profitent même de la pandémie pour accroître le pouvoir des autorités politiques sur leur population et réussissent à juguler la pandémie tout en limitant les pertes économiques. C'est la stratégie du Vietnam et de la Chine.

Enfin, un État « social-démocratique » (comme les pays européens), avec une tradition d'intervention sociale forte, privilégie la maîtrise de la pandémie et le respect maximal des libertés individuelles. Le confinement général pratiqué cherche à protéger les individus de la contamination mais les laisse libres de sortir sans contrôle strict pour leurs besoins personnels immédiats, tout en limitant au maximum les sorties liées au travail. Associé à des mesures de soutien économique massif, il leur garantit le maintien de leurs revenus et de leur emploi par des mesures de chômage partiel généralisées. Il est donc assez éloigné du confinement chinois, franchement coercitif, ou dubaïote, où la sortie n'est possible qu'une fois l'autorisation des autorités obtenue. Les pertes de production engendrées par cette politique de primat de la sécurité individuelle – sanitaire et civique – sur les objectifs économiques sont considérables.

Ces trois cas sont évidemment des idéal-types. Dans les faits, tout gouvernement doit arbitrer entre ces trois objectifs et trancher ce dilemme. Dépendant de son histoire, de sa solidité économique et des mentalités collectives des citoyens, la politique menée dans un pays peut être repérée par un point situé à l'intérieur du triangle, plus ou moins proche des sommets. Graphiquement, le triangle est déterminé par ses sommets S (Santé), E (Economie), L (Libertés). Plus le pays est dictatorial, plus le point choisi est proche du segment SE. Plus le pays est libertarien, plus le point est proche du segment EL. Plus le pays est "social-démocratique", plus le point est proche du segment SL.

Le triangle d'impossibilité SEL est donc une façon de penser les diversités des politiques publiques suivies actuellement face à l'irruption de la pandémie et à sa diffusion planétaire massive. Il suffit pour comprendre le casse-tête devant lequel se trouvent les gouvernements, tous les gouvernements. Le cas du gouvernement britannique qui a commencé à tabler sur la stratégie de l'immunité collective avant de venir à la politique de confinement pratiquée par les pays européens continentaux est exemplaire de cette difficulté à choisir la bonne politique.

Mais la difficulté n'est pas limitée à cela. Jusqu'à présent, le raisonnement est statique : il est supposé que le triangle est stable et connu. Or le triangle d'impossibilité SEL se déforme et à grande vitesse. Le covid-19 est un virus redoutable non seulement par sa létalité et indirectement par sa capacité à désorganiser l'économie et l'organisation sociale, mais aussi par l'incertitude qui l'entoure. Nous n'avons aucun précédent sur lequel nous fonder pour organiser notre réponse collective à la pandémie et nous en savons très peu sur le virus lui-même : sa résilience, sa capacité de mutation, les propriétés immunologiques qui lui sont associées. Toute information nouvelle venant des scientifiques qui l'étudient (virologues, épidémiologues, économistes, sociologues, etc.) amène à réévaluer les coûts de la maîtrise optimale de la pandémie, les moyens à mettre en œuvre pour en limiter la propagation et les conséquences économiques. De même, nous découvrons graduellement l'ampleur des coûts induits par les mesures prises en urgence par les gouvernements. Pour utiliser la métaphore graphique du triangle d'impossibilité, celui-ci se déforme : les sommets se déplacent au cours du temps.

Procéder à des arbitrages dans ces conditions est d'une difficulté logique évidente. Devant le trilemme mouvant auquel les gouvernements sont confrontés, on peut avancer quelques conjectures :

1. Les choix publics faits un jour ont toute raison d'être modifiés dans les jours suivants.

2. Aucun n'est satisfaisant ex post.

3. Les opinions publiques, dont on peut raisonnablement penser qu'elles ne maîtrisent pas la complexité du trilemme d'impossibilité, ont dans l'immédiat l'impression d'une grande incohérence de la part de leurs gouvernants, voire d'une grande incompétence. À terme, elles auront tout lieu d'être mécontentes. Les coupables seront vite désignés.

Référence de lectures  

Des articles

  • Une note intéressante de l'IPSE (Institut de la Protection Sociale Européenne), dresse un tableau des mesures prises par les différents pays européens pour faire face à la crise Sanitaire. Elle identifie quelques questions autour des politiques de solidarité, de la place de l'économie, des formes de régulation, pour esquisser quelques pistes de réflexions. Enfin elle donne la parole à des acteurs de la protection sociale.

https://www.euroipse.org/crise-sanitaire-du-covid-19-leurope-au-defi-renforcer-et-creer-de-nouvelles-solidarites/

  • Un article d'Alternatives économiques revient dans le détail sur les raisons pour lesquelles l'Allemagne semble s'en sortir mieux que d'autres pays face à le crise du covid.19. Loin de polémiques stériles, il aborde les questions démographiques, politiques et historiques qui structurent le pays qu'il met en perspective pour analyser la gestion de la crise.

https://www.alternatives-economiques.fr/lallemagne-sen-sort-mieux-face-a-pandemie/00092697

Un livre

Le travail n'est pas une marchandise d'Alain Supiot.

  • Ce livre est la leçon de clôture prononcée par Alain Supiot à la "Chaire État Social et Mondialisation: Analyse juridique des solidarités"au collège de France.  Dans cette leçon Alain Supiot revient sur le travail et sa transformation au cours de l'histoire des 2 derniers siècles et notamment depuis l'émergence de la société industrielle. Il analyse les effets d'une logique qui a fait du travail un bien échangeable sur un marché, confrontée à une logique ultra libérale transformant le travail en marchandise.

 

Tag(s) : #Démocratie, #Covid19

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