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Durant 3 ans un des piliers structurant de la vie démocratique, le dialogue social, comme démarche pour élaborer des réformes a été ignorée. Pire elle a été volontairement dénigrée. Ce dénigrement a parfois même été élevé au rang de concept au plus haut niveau de l’État..

Cette vision, cette philosophie même, s'est fracassée contre le mur du Covid.19. Elle a fragilisé un peu plus la démocratie et aggravé les fractures de la société.

Emmanuel Macron qui a résumé le dialogue social à des jeux de rôles qui ne constituaient pour lui, que des freins aux réformes, avait choisi un Premier Ministre qui partageait cette vision. Ce dernier a su la mettre en œuvre, en jouant habilement sur les fractures de la société et la défiance des citoyens envers les institutions quel qu’elles soient (syndicats compris) pour contourner les acteurs du dialogue social. De même , au regard de la fragilité du groupe majoritaire à l’Assemblée Nationale, il a su tisser des passerelles avec d’autres groupes pour lui permettre de faire passer les réformes.

Ainsi cette habileté à laquelle est venue s’ajouter une certaine maîtrise, au regard du public, dans la gestion de la crise du Covid.19, a fait de ce Premier Ministre, un des plus populaires de ces dernières décennies et largement plus que le Président de la République. Le Paradoxe c’est que cette popularité va de pair avec une société française encore plus fragmentée et divisée et avec un affaiblissement des forces politiques démocratiques, dont la déliquescence du parti majoritaire en est l’expression la plus marquée

C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron a choisi de changer de Premier Ministre.

Son choix fait apparaître deux nouveaux paradoxes.

Tout d’abord, en incapacité de trouver le ou la remplaçante dans le parti majoritaire, il va chercher un homme encarté jusqu’à la veille de sa nomination au parti le plus important de l’opposition de droite.

Ce n’est pas la première fois qu’un Premier Ministre n’appartient pas au parti majoritaire, mais c’est probablement la première fois que ce dernier appartient à un parti d’opposition, en dehors des périodes de cohabitation. Cette situation nouvelle peut porter en elle des germes d’une déstabilisation des institutions avec le risque d’ajouter aux crises sanitaire, économique et sociale, une crise institutionnelle.

Le deuxième paradoxe, c’est qu’il nomme un Premier Ministre qui contrairement à lui, fait du dialogue social un facteur de réussite pour entreprendre et conduire les réformes. En effet, l’homme Jean Castex, est un homme qui connaît les questions sociales et ses acteurs. Ses fonctions dans plusieurs ministères ou au cabinet de la présidence de la république font de lui un homme qui n’a pas une vision hors sol du dialogue social. Il connaît la négociation et sait que sans discussions et concertation peu de choses sont possibles. De ce point de vue, c’est un homme pragmatique.

 Il est trop tôt pour dire si dans le choix de Jean Castex comme Premier Ministre, Emmanuel Macron a d’abord vu un homme inconnu du grand public qui ne lui fera pas d’ombre pour d’avantage s’imposer comme le seul maître à bord ou un homme favorable au dialogue social signifiant ainsi un changement dans la pensée même d’Emmanuel Macron.

Ce sont les faits et les actes qui donneront des réponses à ces questions.

Ce que l’on peut dire à ce jour, c’est que les premiers pas de Jean Castex sont marqués par des actes très concrets pour donner à voir que son attachement au dialogue social ne se résume pas à un discours :

  • Alors que les négociations sont bloquées au Ségur de la santé avec les professionnels de santé, Jean Castex, à peine nommé Premier Ministre fait 2 propositions qui vont débloquer la situation :
    • Une augmentation de l’enveloppe pour la revalorisation des rémunérations des paramédicaux, de 1,1 Milliards €, portant ainsi l’enveloppe à 7,5 Milliards
    • L’annonce de la création de 15 000 Postes.
  • Alors que les conférences sociales avaient été bannies du vocabulaire et des pratiques macroniennes, Jean Castex a organisé suite à ses premières rencontres bilatérales avec les différentes organisations syndicales et patronales, une conférence du dialogue social pour élaborer un agenda social. Lors de celle-ci, tenue à peine 15 jours après sa nomination, il répond en partie aux demandes de la plupart des organisations concernant la mise en œuvre de la réforme de l’assurance chômage et la réforme des retraites.
  • Enfin il entendu les organisations syndicales qui ont exigé que la priorité soit donnée à l’emploi et rien qu’à l’emploi.

Bien sûr, la décision sur la réforme de l’assurance chômage ne porte pas sur la remise en cause de la réforme mais sur une application différée de celle-ci, non seulement sur les mesures qui devaient entrer en application en Septembre (dégressivité), mais sur celles qui sont entrées en application en Octobre 2019 (Allongement des périodes pour accéder aux droits).

Bien sûr la réforme de la retraite n’est pas ajournée. La reprise des discussions est reportée et elle n’aura pas lieu ni cet été, ni à l’automne.

Dans les premiers pas de Jean Castex, on peut voir une conscience aiguë de la fragilité de notre société et de ses multiples fractures qui minent le climat social. On peut y voir également une conscience forte de la fragilité institutionnelle de notre démocratie avec une majorité parlementaire affaiblie, déboussolée et à la limite de la déliquescence et un climat social dont les tensions se sont aggravées par une pratique de contournement des acteurs sociaux depuis 3 ans

Jean Castex sait que son parcours et son appartenance toute récente encore, au principal parti d’opposition de droite, le fragilise et lui rend la tâche difficile du côté du parlement. Par contre il sait que son parcours lui donne des atouts du côté des acteurs sociaux.  

Devant une situation tendue dans les 2 sphères structurantes de la vie démocratique (le débat parlementaire et le dialogue social), le choix de Jean Castex de poser des actes dans le domaine du dialogue social, dans les tous premiers jours qui ont suivi sa nomination, peut être vu comme l’expression d’une priorité. Celle de faire de celui-ci le levier principal des actions à conduire durant les 600 jours de son mandat.

Peut-être, est-ce pour lui la meilleure stratégie, que de choisir un terrain qu’il ne partage pas avec le Président de la République pour échapper au piège d’être réduit à un simple rôle de collaborateur du Président de la République.

De simples questions de postures des uns et des autres ou un véritable changement? l'avenir nous le dira

Gaby Bonnand

Tag(s) : #Jean Castex

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