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J'ai reçu la tribune de Bernard Cazeneuve par plusieurs canaux. c'est pourquoi, je choisi mon blog pour participer au débat auquel ce texte invite

Cette tribune n'est pas excessive au sens où son approche ne cherche pas d'abord à diviser mais à donner des points de repères. Son auteur n'utilise pas un ton de procureur à l'inverse d’autres anciens premiers ministres, comme Vals par exemple.
En ce sens la tribune est intéressante et utile à un débat serein qui devrait être la norme en démocratie. Force est de constater que toutes les tribunes n’invitent pas à un débat serein. Je profite de cette ouverture au débat pour livrer quelques réflexions que m’inspire cette tribune d’un homme pour lequel j’ai un très grand respect.

Dans une période aussi troublée, il peut être utile aussi d'apporter quelques nuances dans la manière de faire référence à un certain nombre de mots qui sont autant de repères : République, laïcité, nation, universalisme... dont  la façon de les faire vivre, ont souvent été entachés par ceux et celles qui s'en réclamaient ou s’en réclament. 

Loin de moi l’idée de juger. Ce serait trop facile et même irresponsable que de vouloir avilir qui que ce soit. Mais tout en restant dans une attitude responsable, sans verser dans la recherche de coupables, il est tout de même permis d’avoir un regard non définitif sur notre histoire et sur la manière dont ont été portées et mis en œuvre les valeurs auxquelles la république se réfère

Bernard Cazeneuve dit que "Depuis cent cinquante ans dans nos institutions et dans nos existences, hors l’éclipse de honte que fut le régime de Vichy, il existe deux mots pour dire une même et unique exigence : la République et la nation", il me semble qu'il aurait pu être un peu plus nuancé.

J'ai lu dernièrement plusieurs essais qui abordent ces questions, « La république et l’Islam », de Pierre Jean Luizard, « le naufrage des civilisations » d’Amin Maalouf, « le courage de la nuance » de Jean Birnbaum, ou encore « Lettre aux professeurs sur la liberté d'expression », de François Heran.
Je ne pense pas que ces auteurs puissent être accusés de ne pas être républicains, de ne pas être défenseurs de la laïcité, d’être des propagateurs du concept de races.
Leurs éclairages documentés, argumentés, ne refusant pas le débat avec leurs contradicteurs comme le fait Heran avec Gaucher, invite à la nuance.

Il n'y a pas que sous Vichy que de grandes libertés ont été prises avec les concepts républicains. Quand on prend pour référence les 150 dernières années, on ne peut pas ignorer la période de la colonisation, et la manière dont les valeurs républicaines, comme la laïcité et l’universalisme par exemple, ont connu quelques coups de canifs dans leur mise en œuvre selon les populations peuplant les différents territoires.  

Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur qui que ce soit. Mais je crains qu'une approche historique un peu trop belle, dans la manière de raconter la manière dont ont été portées les valeurs républicaines nuisent à notre volonté commune de faire en sorte que tous les citoyens quel que soit l’origine ethnique, le genre, la croyance, le lieu de naissance ou de résidence, se sentent appartenir à la République.

Les essais dont je parle plus haut invitent, chacun à leur façon, à ne pas éviter les débats, à ne pas craindre ceux-ci au motif que les ennemis de la république en profiteraient.
Ils rejoignent en ce sens un certain nombre d'historiens qui appellent à relire notre histoire en la complétant par la lecture de ceux et de celles qui n'ont pas forcément été toujours été reconnus par la République, pour en faire une lecture où les mémoires se croisent, sans s’annuler.

Ne pas travailler dans ce sens c'est prendre le risque au contraire de faire gagner les ennemis de la République et se laisser enfermer dans un débat binaire et mortifère entre  les défenseurs de principes désincarnés d'un côté, et les défenseurs d'une logique de la culpabilité et de la repentance, de l’autre.

J'aurais donc aimé lire sous la plume de Bernard Cazeneuve un peu plus de nuances, pas de la mollesse, mais de la nuance exigeante.

C'est ma contribution à un débat que je souhaite serein et apaisé, dans lequel chacun doit pouvoir s'exprimer sans craindre la sentence définitive de ceux qui n'ont qu'une vision binaire du monde

Gaby BONNAND

 

[1] https://www.la-croix.com/Debats/Bernard-Cazeneuve-Republique-notre-reference-2021-04-02-1201149039

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