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Michel Wieviorka vient d’être pris à parti par une dizaine d’intellectuels, pour son livre « Racisme, antisémitisme, antiracisme. Apologie pour la recherche ».

Ces intellectuels ont choisi Marianne pour déverser leur fiel sur Michel Wieviorka, en l’accusant "de jouer le pompier pyromane de l'antiracisme".

Michel Wieviorka a répondu points par points, dans le même magazine, à cette tribune qui fait froid dans le dos, rappelant des procédés que l’on croyait appartenir à l’époque stalinienne envoyé depuis plusieurs décennies dans la poubelle de l’histoire.

La tribune de ces intellectuels vient nous rappeler que ce qui a été jeté à la poubelle depuis des années, n’est pas forcément inerte. C’est un peu comme nos déchets. Jetés à la poubelle sans traitement, ils se retrouvent à polluer notre environnement des années et des décennies plus tard. Il en est de même pour les périodes troubles de l’histoire, comme celles que nous avons vécues avec le stalinisme et le nazisme au XX° siècle. Ces 2 périodes n’ont pas encore donné lieu à tout le travail d'analyse et d'introspection nécessaire pour que ce qui semblait avoir été  jeté à la poubelle une bonne fois pour toute, ne renaisse.

Les débats d’aujourd’hui, sur le racisme, l’antisémitisme, la laïcité, l’identité…, ne sont plus des débats mais des sujets utilisés par beaucoup pour mener une guerre contre ceux et celles qui ne pensent pas comme eux.
Nous avions connu ces méthodes durant les périodes troubles de notre histoire que j’ai rappelée plus haut. Ces méthodes ont perduré à l’extrême droite dont l’objectif n’a jamais été le débat et la démocratie, mais la haine de l’autre et le goût prononcé pour le bruit des bottes, le totalitarisme et l’autoritarisme.

Ce qui est surprenant et déstabilisant, c’est que progressivement ces méthodes se développent au-delà de l’extrême droite. Philippe Corcuff, qui n’est pas connu pour être de la même sensibilité que Michel Wieviorka, lui apporte un soutien dans une tribune de libération, récusant la méthode utilisée par les détracteurs de Michel Wieviorka, indigne d’un débat démocratique et qui  bénéficie « principalement dans un contexte de recul du clivage gauche-droite à l’extrême droitisation des espaces publics, dont les bons sondages de Marine Le Pen et les bruits de botte des pétitionnaires militaires nous rappellent les risques imminents », en ajoutant que  « ces dérèglements éthiques, intellectuels et politiques alimentent la dynamique confusionniste actuelle, entendue comme le développement d’interférences entre des postures et des thèmes d’extrême droite, de droite, de gauche dite «républicaine» et de gauche radicale ».

A ceux qui verraient dans mon papier une lâcheté, un manque de courage, je rappellerais que dans cette période l’appel au « courage de la nuance » n’est pas une lâcheté, mais au contraire l’expression d’une volonté de rétablir un véritable débat démocratique pour ne pas être dans des affrontements haineux entre ceux et celles qui recherchent tout sauf le débat démocratique.

Comme le dit encore Philippe Corcuff « le brouillard idéologique n’est pas seulement alimenté aujourd’hui par ce pôle dit «républicain», des secteurs de la gauche radicale sont aussi porteurs d’autres cécités et confusions.

Dans les polarisations manichéennes en cours,

  • au refus de prendre la mesure des stigmatisations islamophobes chez certains a répondu la minoration de l’antisémitisme chez d’autres,
  • aux usages intolérants de la laïcité, oublieux de la liberté de conscience proclamée par l’article 1 de la loi de 1905, ont répondu des caricatures dites «décoloniales» de la laïcité,
  • aux amalgames entre «musulmans» et «islamisme» de certains a répondu une relative indifférence vis-à-vis de la terreur djihadiste.

Merci à Michel Wieviorka qui a le « courage de la nuance », pour que vive le débat démocratique.

Merci à Philippe Corcuff, qui malgré les nombreux points de désaccords qu’il a avec Michel Wieviorka, sait défendre le débat démocratique contre ceux qui au nom des Lumières », s’acharnent à « éteindre les Lumières des savoirs ».

La démocratie ce n’est pas débattre avec ceux et celles avec qui on partage les idées, la démocratie ce n’est pas «  haïr pour abattre l’autre », comme le dit Michel Urvoy ce matin dans Ouest France, « c’est proposer au lieu de dézinguer », « c’est convaincre au lieu d’abattre".

Gaby Bonnand

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