Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Séquence nostalgie en cette période d'anniversaire de la première victoire d'un candidat socialiste à la présidence de la République depuis l'avènement de la cinquième du même nom.
 

Les responsables socialistes ayant exercé des responsabilités dans cette période et au cours, des années qui ont suivi (notamment dans les périodes durant lesquelles la gauche a gouverné), se succèdent sur les plateaux de télévision, dans les radios, et multiplient les tribunes.
Je n'ai ni tout entendu, ni tout regarder. Mais entre les souvenirs d'époque retraçant une histoire quelque peu enjolivée et les petits tacles entre amis pour désigner les responsables de la situation catastrophique de la gauche aujourd'hui, je n'entends guère d'interrogation. J'entends, et je lis beaucoup de mots.
Je ne suis pas de ceux qui portent un regard désespéré sur l'avenir d'une force gauche. Je ne suis pas non plus de ceux qui portent un regard exagérément positif sur le premier mandat de François Mitterrand, pas plus que je ne suis de ceux qui considèrent que du mandat de François Hollande, il y a tout à jeter.

Entre ces 2 périodes il y a le deuxième mandat de Mitterrand et celui de Jospin comme premier Ministre. Sur ceux-ci aussi je porte un regard nuancé.

Cette célébration du 10 mai 1981 par la famille socialiste est en quelque sorte le miroir d'une incapacité qui semble chronique, d’un très grand nombre de dirigeants de gauche, à faire œuvre d’analyse sérieuse sur ces diverses expériences et plus globalement sur la société, ses évolutions depuis 40 ans, les causes de celles de celles-ci la place des partis politiques.

Ce regard critique serait peut être utile pour mieux analyser les conditions dont la gauche est arrivée au pouvoir, les raisons qui l’y a conduite et celles qui les en a chassé, la manière dont elle a occupé ce pouvoir, dont elle s'en est servi pour faire progresser la société, en relations avec les réalités sociales, sociétales économiques, et environnementales.

Il ne fait aucun doute que sur le plan sociétal la gauche a à son actif de nombreuses mesures qui ont permis de faire progresser la société dans son  "humanisme" : L’abolition de la peine de mort, la décriminalisation de l’homosexualité, les accords de Matignon en Nouvelle Calédonie, la criminalisation des actes racistes, antisémites et xénophobes, le PACS, la reconnaissance de l’esclavage comme « crime contre l’humanité », le mariage pour tous...

Il ne fait pas grand doute non plus que la gauche a su élargir les espaces pour renforcer la démocratie politique et la démocratie sociale, ce qui ne veut pas dire que ces derniers ont su être utilisés par les acteurs sociaux eux-mêmes. Notons dans cette rubrique, les lois de décentralisation, les lois appelées Auroux, du nom du ministre du travail de l’époque, la Première loi Aubry sur la RTT, et d’autres mesures que certains décriront comme « de droite », comme celles contenues dans la loi El Khomri qui ouvre de nouveaux espaces de négociation dans l’entreprise.

Il serait injuste de ne pas noter également quelques grandes mesures sociales, comme l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, ou la 5° semaine de congés payés, plus symboliques que vecteurs de transformation profondes et durables de la société.

Il serait indécent de ne pas parler de mesures plus fondamentales qui ont eu des effets structurants sur nos systèmes de protection sociale , pour faire face à des défis nouveaux. Notons dans cet ensemble, la loi portant création du RMI, celle créant la CSG comme outil de financement de la Protection sociale, la création de la CMU-C et presque 2 décennies plus tard, de la Protection Universelle Maladie (PUMA), permettant à tous les résidents en France de manière régulière d’être affilié directement et personnellement à la Sécurité sociale, mettant ainsi fin à une injustice, qui faisait des femmes sans activités professionnelles des ayants-droit de leur conjoint.

Il serait enfin très mal venu de ne pas reconnaître à la gauche et notamment lors du premier mandat, son important travail pour démocratiser la culture.

Mais il est indigne de ne pas noter que la gauche a cependant échoué sur la lutte contre les inégalités. Et il faut bien le dire, c’est cet échec qui pèse lourd, très lourd dans la situation de déliquescence de la gauche aujourd’hui. Pire c’est aussi cet échec qui a contribué à la fracturation la société elle-même.

Les mesures prise par la gauche dans ce domaine n’ont souvent été que symboliques dont l’étendard a été l’IGF, puis l’ISF.

La première raison  de cet échec tient à une incapacité à faire une analyse réelle de la société, y compris dans la période préélectorale qui a conduit la gauche au pouvoir. Les propositions envisagées dans ce domaine reposaient sur une analyse erronée de la société, de son évolution sociologique, du capitalisme et de son évolution.

La deuxième raison, tient au fait que la gauche n’a jamais fait collectivement un travail sur l'exercice du pouvoir central dans notre République, dans la fidélité à ses objectifs dans une réalité donnée et de de manière durable. C'est une différence notoire entre la gauche du niveau national et la gauche dans les territoires où de nombreuses expériences montrent que celle-ci a su exercer le pouvoir dans la durée, en transformant profondément les villes,les départements et les régions.

D'un point de vue national, la gauche s’est souvent limitée à analyser la société de manière tactique en vue de conquérir le pouvoir. Elle n'a jamais gouverné dans la durée. Le fait que Mitterrand ait fait 2 mandats ne doit pas nous faire oublier que la gauche depuis 40 ans n’a jamais enchaîné 2 mandats de suite. Elle a toujours été battue, après une première législature. Elle n’a accéder au pouvoir que par échec de la droite, même si en 1981, il y a un élan populaire que l’on ne reverra jamais dans les périodes d’accession de la gauche au pouvoir dans les décennies qui ont suivi

En 1981, la gauche est désunie et arrive au pouvoir car la droite est fracturée. La division de la droite en 1988, permet à Mitterrand de se faire réélire en 1988, mais à la fin de la législature la gauche est battue en 1993. Elle ne doit son retour au pouvoir en 1995 qu’à une erreur politique de la droite qui a cru qu’en décidant la dissolution de l’Assemblée Nationale, elle retrouverait une majorité. Et En 2012 François Hollande arrive au pouvoir par le développement massif dans le pays d’un rejet de Nicolas Sarkozy.

Cet échec dans la lutte contre les inégalités est celui de la gauche Mitterrandienne, mais aussi de celle que l’on a appelé la « 2° gauche » qui a échoué à prendre le pouvoir au sein de la gauche non communiste et qui par manque de travail de renouvellement et d’approfondissement de sa pensée réformatrice, et par absence de structuration forte avec des forces sociales (Esprit de la charte d’Amiens toujours vivace pour les uns, et recherche permanent d’instrumentalisation pour les autres), s’est perdue dans le pragmatisme sans autre ambition que la gestion du pouvoir.

Alors au moment de la célébration, de la victoire de Mitterrand le 10 Mai 81, il est utile de rester modeste. Il faut bien sûr mettre en évidence et en lumière toutes les réformes qui ont fait progresser "l’humanisme" et je crois avoir l’avoir fait en début de cet article, mais il faut aussi reconnaître l’échec collectif dans la lutte contre les inégalités.

Dire cela, ne veut pas dire que les solutions existent naturellement, qu’il suffit de « Y-a qu’à » et de « faut qu’on ». C’est plus complexe, car il y a une sorte de « préférence pour l’inégalité » pour reprendre le titre d’un livre de 2014 de François Dubet, qui nous est commune. Dans son livre en effet, il montre que ce choix est moins un choix politique que le fruit de nos pratiques quotidiennes.

Il ne s’agit pas de chercher des excuses à une gauche qui a failli, ou de jouer les fatalistes. Non, il s’agit de bien monter que si la lutte contre les inégalités passe par des mesures précises et techniques, elle passe aussi par un renouveau démocratique.

Il ne suffit pas simplement de décider des mesures fiscales pour une meilleure répartition des richesses, de décider des investissements pour une plus grande qualité des services publics ou de prendre des mesures sociales pour améliorer la protection sociale.

Redynamiser la  vie démocratique par des espaces de débats, de confrontation  permettant  de créer les conditions pour que les mesures fiscales, sociales et autres, indispensables pour faire reculer les inégalités, soient portées collectivement et s’accompagnent d’une transformation profonde de notre manière de faire société.   

A la veille d’un scrutin aussi important que les présidentielles, rien ne serait pire que de s’enfermer dans la nostalgie d’une période dont on aurait ôté toutes les ombres dont le seul effet serait de transformer une période et un homme, en mythe rendant impossible toute analyse rigoureuse permettant d’investir politiquement l’avenir.

Gaby BONNAND

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :