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Derrière la polémique sur la vaccination et les antivax, n'y aurait-il pas autre chose qu'une polémique ? 
Quand les choses semblent simple, il faut se laisser aller au doute, au risque de déranger et peut être de me tromper. 
La vie et les choix qui la jalonnent ne se résument que très rarement à des alternatives binaires.

Mes doutes ne portent pas sur l'importance ou pas de se faire vacciner. Pour moi le choix est clair. Je me suis fait vacciner dès que l'occasion s'est présentée et défends la vaccination.
Mes doutes portent sur la nature du conflit qui nous ai présenté sous le seul angle pro-vaccins /anti-vaccins.

Ce conflit qui se traduit par des manifestations contre la stratégie du gouvernement et notamment contre ses décisions récentes n'est-il pas l'expression d’autre chose que du seul rejet de la vaccination ? Ne serait-il pas est aussi l'expression d'un malaise démocratique ?

Ces événements viennent renforcer un discours de droite et d'extrême droite sur l'écart entre "pays légal et pays réel" que l'on entend de plus en plus, notamment après l'abstention aux dernières élections. Ce discours est dangereux car derrière c'est la démocratie et les institutions qui la structurent qui sont visées.

Non, il n'y a pas un écart entre un pays légal et un pays réel. La société est complexe. Un certain nombre de ses institutions anciennes ont du mal à se renouveler. La pression de l'immédiat pèse sur tous les acteurs. Aussi, Il y a un fort besoins de renouvellement qui engage la responsabilité de tous, notamment dans les manières de pratiquer le pouvoir.

Une pratique du pouvoir qui fait fit du temps de la délibération et du débat, comme le rappelait Michael Foessel dans un long article d'esprit de septembre 2020, n'est pas le bon moyen pour ce travail de renouvellement et dégénérescence de la démocratie.

Bien sûr la situation n'est pas simple. Les différentes inconnues liées au virus et à son évolution nécessitent prudence et rapidité parfois.

Mais cette complexité ne peut être passée par-dessus bord au seul motif qu'il faut aller vite.

Si la responsabilité des gouvernants est de prendre des décisions qui protègent les citoyens,  les gouvernants en démocratie, ont la lourde tâche de faire en sorte que les citoyens soient, via les institutions, le plus associés possible à la décision pour que celle-ci soit portée par le plus grand nombre.

A force de ne pas associer la société aux décisions, via les corps intermédiaires, les différentes institutions qui structurent la démocratie et notamment la représentation nationale, le risque est grand de rencontrer de plus en plus de résistance. Et on peut s'étonner qu'elle soit relativement faible.

Mais n’y a-t-il pas un autre moteur au conflit actuel ? La conquête pour que l'individu soit de plus en plus reconnu dans la société, n’a-t-elle pas eu pour effet de développer une conception de la liberté individuelle plus "négative" que "positive" au sens philosophique du terme ? On est libre si on n'a pas de contraintes, si aucune entrave ne vient nous empêcher de jouir ici et maintenant. S'acquitter de cotisations sociales dans cette conception de la liberté est considéré une entrave à la liberté d'entreprendre, empêche de bénéficier de ressources immédiatement.
De même payer des impôts pour financer des services publics dans des domaines essentiels, est vécu comme une entrave aux libertés individuelles.

Cette façon d'approcher la liberté est peu favorable à la rencontre de l'autre dont ses libertés deviennent vite des contraintes pour les autres individus voulant vivre sans contraintes.
Cette façon de vivre ses libertés individuelles n'est pas non plus propice pour se projeter dans un avenir commun. C'est l'instant qui compte, son instant à soi, ce n'est ni la façon de vivre en société aujourd'hui ni la façon d'envisager demain qui est déterminant.

Cette approche des libertés poussée à l'extrême ne peut qu'accoucher d'une société réduite à une addition d'individus libres sans contraintes. C'est à dire une jungle où plus exactement une désorganisation telle de la société que les partisans d'un État autoritaire auront un boulevard.
Nous n'en sommes pas là.

Mais cette convergence des temps, entre une pratique du pouvoir qui s'exonère du temps de la délibération et du débat, dans le cadre des institutions, et une période de progression d'une approche atrophiée des libertés individuelles, ne renforce-t-elle pas le malaise démocratique dont le conflit actuel est en partie l'expression.

Gaby BONNAND

 

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