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Les évolutions que nos sociétés ont connues ces dernières décennies, dans le domaine économique et social, ont transformé profondément les conditions de la production, de la consommation, de l’habitat et de l’organisation territoriale.  

Ce faisant, ces évolutions ont impacté nos relations entre individus, notre façon de nous organiser collectivement et modifié notre manière de vivre ensemble.

Ces évolutions sont venues de fait, déstabiliser en partie,  les  espaces et collectifs nés précédemment. Ces espaces étaient, au-delà de leur objet de défense des intérêts communs,  des lieux d'apprentissage du compromis, par les échanges, les débats et la construction d'objectifs communs, qu’ils permettaient

Dans le domaine du travail, ces évolutions se sont caractérisées par des éléments contradictoires, générant tous une plus grande individualisation des situations et trajectoires professionnelles : D’une par le développement de l’éducation, de la formation et l’émergence du numérique, favorise une plus grande autonomie des individus dans le travail. D’autre part, le développement massif d’une multitude de types de contrats de travail, au sein de petites unités avec de fortes mobilités professionnelles, individualise de plus en plus, les situations des hommes et des femmes au travail.

Ces évolutions n’ont pas été et ne sont pas sans conséquences sur les formes d’organisations nées d’une organisation économique et sociale reposant sur des moyennes et grosses entreprises employant de nombreux travailleurs au même statut, dans le cadre d’une organisation taylorienne du travail. Les collectifs, comme les syndicats se sont trouvés fragilisés et déstabilisés.

De même, les évolutions dans le domaine de l’habitat et de l'urbanisme ont eu pour effet dans de nombreux endroits, de regrouper les populations "par niveau de vie", par strates sociales comme le décrit très bien Éric Maurin dans son livre le ghetto français[1].  Ajoutées aux conséquences de la précarisation de l'emploi, engendrant une mobilité géographique importante en terme de logement, ces évolutions sont venues déstabiliser un milieu associatif reposant sur un mélange de populations différentes mais ayant des intérêts communs dans l'habitat et le cadre de vie du quartier.

Dans une société plus éclatée, « archipélisée[2] », où la place des individus s’est renforcée, où les libertés individuelles se sont développées, où le besoin de reconnaissance de chacun s’est affirmé, où l’individualisation des parcours de vie se trouve renforcée par l’usage du numérique, la logique de différenciation semble de fait plus forte que la logique de coopération.

Cette dynamique se manifeste par de nombreuses mobilisations se cristallisant sur des sujets précis. Sur le plan politique, le nombre de listes en présence dans les différentes élections est d’avantage le signe d’une incapacité à se mettre d’accord que d’une revivification de la démocratie. Le monde syndical connaît aussi en son sein des tensions entre approches catégorielles et approches inter catégorielles, plus ou moins fortes selon les organisations syndicales. Le monde associatif est lui marquée par le développement des associations spécifiques à une cause.

Si cette volonté de reconnaissance et même de différenciation doit être pris en compte elle ne peut nous conduire à minimiser l’importance des « communs ». La seule dynamique de la différenciation ne peut que conduire chacun de nous, et les organisations de la société civiles à se positionner dans des multitudes de couloirs différents. Ce faisant, ne conduit-elle pas à assécher les espaces d’apprentissage du compromis au profit de démarche protestataires plus ou moins radicales ?

Cette logique ne risque-t-elle pas d’enfermer les citoyens dans des postures de quémandeurs au détriment de positions d’acteurs participant à la construction de réponses ? Ne risque-t-elle pas de contribuer à creuser le fossé entre Gouvernants et gouvernés ?

Une logique de différenciation individuelle et collective, sans équilibrage avec une indispensable recherche de coopération pour faire société, ne risque-t-elle pas de devenir un terreau de tensions et de violences dans les relations humaines, sociales, sociétales ? Ne risque-t-elle pas d’alimenter une approche atrophiée du compromis véhiculée par des approches radicales ?

Or, le compromis, parce que c'est une démarche au fondement de la démocratie, ne peut pas être seulement un sujet de débat intellectuel ou un sujet de débat entre adversaires politiques. Encore moins un sujet de polémique hors sol. C'est une démarche qui s'apprend par la pratique. Sans cet apprentissage, sans cette expérience, l’approche intellectuelle fera toujours du compromis un synonyme de mollesse, de faiblesse, de manque de relief. « Un jour j’irais habiter en Théorie, disait Desproges, car en Théorie tout se passe bien ». En effet en théorie le rapport au conflit n’est pas le même que dans le monde réel. En théorie celui-ci peut être dépassé par l’usage de la dialectique. Dans le réel, la seule façon de le dépasser, c’est la négociation et le compromis.

La régénérescence des espaces d’apprentissage du compromis ne se fera pas en revenant aux situations d’hier. Les évolutions que génère une très forte individualisation des situations des hommes et des femmes, constituent pour certaines, des progrès manifestes. Cette individualisation n’embarque pas pour autant, une disparition de tout ce qui nous est commun aux individus dans les espaces où nous vivons.

C’est sur ces « communs » que des intérêts peuvent converger pour régénérer des lieux où les hommes et les femmes échangent, débattent, se mettent d’accord, décident… Des expériences existent dans des entreprises où des syndicats ont choisi de rester organiser en sections d’entreprises regroupent tous les salariés alors que d’autres s’organisent par catégories. Des expériences existent dans des communes autour des budgets participatifs, permettant à des citoyens de développer ensemble des projets utiles  à toutes et tous.

Toutes les initiatives et démarches qui embarquent des citoyens dans des dynamiques qui nécessitent débats et participation à des décisions concernant des projets d’utilité publique, sont des dynamiques d’apprentissage au compromis et viennent renforcer la démocratie.

Alors, pour ne pas en rester qu’à une analyse et à des souhaits, je propose pour participer à la construction de ces nouveaux espaces, que pour les prochaines élections, 1/3 des assesseurs des bureaux de vote, soit tirés au sort sur liste électorale, dans les mêmes conditions que pour les jurés d’assises

Gaby BONNAND

[1] Éric Maurin : Le ghetto français

[2] Jérôme Fourquet : L’archipel français

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