Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

"Autrefois la résistance c'était mettre sa vie en jeu pour la liberté des autres. Aujourd'hui la résistance c'est mettre en jeu la liberté des autres pour sa propre liberté"

C'est une citation que j'ai lu via les réseaux sociaux.

Elle  évoque les résistances à la vaccination et au passe sanitaire  qui se manifestent, par des mobilisations hebdomadaires, le samedi depuis plusieurs semaines.

Derrière cette expression lapidaire, un peu simpliste et empreinte de nostalgie presque désespérée, on perçoit malgré tout une approche des libertés individuelles qui dépassent son propre bien être, son propre confort. Elle fait une relation entre sa propre liberté  et la liberté des autres.

On peut voir dans cette expression une conception de la liberté qui intègre le fait que nous vivons en société, que nous avons des intérêts communs, des biens communs qui protègent nos libertés individuelles, pour lesquels la responsabilité de chacun est engagée, donnant ainsi sens à notre propre liberté

Cette citation résume assez bien le discours ambiant porté actuellement par la plupart des responsables politiques.

Je m'en réjouis mais je m’interroge.
Ça fait plusieurs décennies que le discours ambiant est à la sublimation de l'individu, à sa capacité d'entreprendre, à sa capacité d'initiative qu'il faut encourager en le libérant de toutes les contraintes qui le brident.

L'individu doit mériter ce qu'il a, et plus encore ce qu'il aura. C'est l'esprit de compétition qu'il faut développer dès le plus jeune âge à l'école. "Il y a ceux qui réussissent et les gens qui ne sont rien". Ce sont des assistés "qui coûtent un pognon de dingue".
Certains vont jusqu'à proclamer que les politiques d'assistance sont "un cancer pour la société"

Cette logique conduit inévitablement à dénigrer ce qui nous est commun qu'il faut financer pour se protéger collectivement et protéger nos libertés individuelles et collectives, comme les systèmes de protection sociale ou les différents services publics.
Ces financements sont considérés comme des entraves à l'initiative individuelle. Les systèmes qu'ils financent ne sont que des coûts et des dettes. Alors il faut réduire la voilure. La RGPP, comme Révision Générale des Politiques Publiques de Sarkozy dont l'objectif est de réduire ces services, constituant pourtant les conditions de nos libertés individuelles et collectives, ne ressort-elle pas de cette logique ?
Les ordonnances Macron sur le droit du travail qui réduisent les capacités des organisations collectives des salariés, considérées comme des entraves à la liberté d'entreprendre, ne sont-elles pas sou-tendues par une vision des libertés réduite à celle de l'individu entrepreneur ?

Cette sublimation de l'individu, met l'accent sur " l'individu qui est un être sans" au contraire de "la personne qui est un être avec", comme le rappelait dernièrement jacques Legoff dans un point de vue d'ouest France en faisant référence au personnalisme d’Emmanuel Mounier.
Alors que la sublimation de l'individu pousse l'homme à se séparer des autres pour réussir, pour gagner, pour accéder à son bien-être, Emmanuel Mounier rappelle que "l'acte fondamental de la personne, ce n'est pas de se séparer c'est de communier".

Ces dernières décennies durant lesquelles ce discours sur l'individu ne devant rien à personne, a fortement progressé, ont vu aussi des contre offensives. Souvent considérés comme ringards, les discours et les actes portant intérêt aux libertés individuelles corrélées aux libertés collectives, aux "communs" qui les permettent et les protègent, ont été largement dénigrés.

Aujourd'hui, la pandémie semble au moins momentanément remettre l'attention à l'autre au centre des discours. Ce discours tente de redonner du sens aux libertés individuelles en relation avec la liberté des autres.
On ne peut que s'en féliciter.

Je ne peux cependant m'empêcher de voir apparaître derrière celui-ci, une certaine hypocrisie. Cette conception de la liberté individuelle peu préoccupée par les libertés des autres, proclamée dans les défilés des samedis, n'est-elle pas le produit d'une logique à l'œuvre depuis longtemps et encouragée par de nombreux acteurs politiques et économiques ?

Mais pour terminer sur une note optimiste, et pour ne pas être nostalgique d'un autrefois qui ne serait plus, on peut voir dans la relative faiblesse des mobilisations des samedis, une résistance plus forte que l'on pouvait imaginer aux discours de ces dernières décennies et donc un fort attachement aux libertés individuelles corrélées aux libertés des autres et aux systèmes collectifs  permettant de les mettre en œuvre et de faire société.

Une note d'optimisme à quelques mois d'une élection présidentielle capitale.

Gaby BONNAND

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :