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Sous un titre aussi accrocheur que « Le livre très noirs des mutuelles, comment elles profitent de votre argent », tout citoyen honnête comprendra que son auteur, un certain Daniel Rosenweg, ne veut pas de bien aux mutuelles.

Ne pas aimer les mutuelles et plus généralement ne pas aimer tout ce qui a trait à l’initiative de la société civile, n’est pas un délit. Chacun en démocratie a le droit d’avoir ses opinions.

Qui est ce monsieur Rosenweg. Sur sa page LinkedIn, il se présente comme ex grand reporter au Parisien, chargé de l’économie de la santé. Il est aujourd’hui « Auteur et conseil en CLARIFICATION ». Ne me demandez pas en quoi cela consiste. Je n’en sais absolument rien.
On aurait pu penser qu’avec une telle profession, il puisse apporter des CLARIFICATIONS nécessaires et utiles dans ce monde qu’il identifie comme celui de la complémentaire santé.

Avant d’aller plus loin, je veux dire très clairement que le livre de cet auteur, est tout sauf un livre relevant d’un travail sérieux. Monsieur Daniel Rosenweg n’aime pas les mutuelles. Pire, il veut les voir disparaître du paysage. Il instruit un procès à charge. Les faits et données rapportés ne sont certes pas tous et toutes  des vues de l’esprit, mais l’auteur ne rapporte que les faits et les données qui viennent à l’appui de son idée de départ: les mutuelles sont nuisibles, il faut qu’elles disparaissent.

Ce livre s’apparente d’avantage à une opération politicienne de dé-zingage des mutuelles qu’à alimenter un débat serein et sérieux, dont le monde de la santé et les mutuelles ont besoin.

Les raisons de cette fronde ? Faire un assureur unique (il prend appui sur le régime Alsace Moselle, qu’il ne semble pas connaître car à aucun moment il ne mentionne que ce régime ne s’applique pas aux fonctionnaires. Il n’indique pas non plus que les assureurs développent dans ces départements des surcomplémentaires).

Voilà pourquoi dans un article précédent je soulignais le danger de l’idée d’une grande Sécu. Je ne fais pas le procès à ceux qui défendent cette idée, de vouloir faire de la place au marché. Je constate simplement que quand monsieur Daniel Rosenweg veut la disparition des mutuelles au profit d’un assureur unique, ce n’est pas pour augmenter la solidarité qui coûte trop chère à la société, mais pour mettre à l’abri les finances publiques, et donner le reste au marché…. Pour ceux et celles qui pourront payer.

Une absence de CLARIFICATION entre les familles des complémentaires santé

A part quelques allusions aux différents organismes fédérateurs, l’auteur ne s’attarde pas sur ce qui fait la différence par exemple entre une mutuelle dite « mutuelle 45 » et les sociétés d’assurance.

Peu importe, que les unes soient des sociétés de personnes, à but non lucratif, et les autres à but lucratif qui reversent des dividendes à des actionnaires. Pour ce monsieur cela a peu d’importance. Alors, pour apporter de la CLARIFICATION que l’auteur ne daigne donner, (malgré son métier), cela veut dire en clair qu’une partie de la cotisation à une complémentaire relevant du secteur des assurances, sert à rémunérer les actionnaires de ladite société d’assurance.  

Pourquoi avoir titré sur « les mutuelles » qui désignent une famille, un code, un mode de gouvernance, un statut (non lucratif), un mouvement social qui ne se résume pas à un métier d’assureurs ?

Pourquoi ne pas avoir titré « complémentaires santé » ou « assureurs en santé » ?

Je ne peux m’empêcher de penser que le flou entretenu par un homme dont le métier est d’être conseil en CLARIFICATION, n’est pas innocent. L’objectif du livre est de discréditer les mutuelles et pas les assureurs.

Une absence de CLARIfiCATIONS historiques.

Concernant l’histoire, l’auteur s’arrange avec celle-ci, critiquant au passage les fondateurs de la sécu qui n’auraient jamais dû faire la place qu’ils ont faite aux mutuelles, prétextant que la sécurité sociale est universelle. Monsieur ne connaît pas l’histoire. Si il s’était intéressé à la sécurité sociale et à son histoire, il aurait vu que la création de la sécu n’a pas été un long fleuve tranquille. Il a fallu beaucoup de discussions et de compromis. Si la Sécu avait vocation à être universelle, elle ne l’est pas à sa création. Un certain nombre de professions la refusent. C’est pour cela que nous avons de multiples régimes. Celui des Agriculteurs, des professions indépendante et un certain  nombre de professions très organisées depuis les lois sur les assurances sociales de 1928 et 1930.

Le compromis passé avec le mouvement mutualiste comporte effectivement la possibilité pour celles-ci de prendre en charge le ticket modérateur. Ce n’est pas un compromis plus exorbitant que celui qui a permis aux agriculteurs, aux professions indépendantes notamment, d’avoir leurs régimes à part. Ça ne semble pas trop déranger monsieur. Il semble que monsieur ai des analyses à géométries variables en ce qui concerne les acteurs de la protection sociale.

Pour continuer sur la CLARIFICATION à laquelle monsieur Rosenweg semble être allergique, je dois préciser qu’au moment de la création de la Sécu, les mutuelles n’ont pas seulement une fonction d’assureurs de risques sociaux, mais c'est un mouvement social qui offre, sur de nombreux territoires français, des services de soins et plus généralement de santé, ce qui dans le langage de l’époque s’appelaient des œuvres. Vu l’état du système de soins et de santé à la sortie de la guerre, la puissance publique ne pouvait pas se passer de cette offre.

Si l’auteur s’intéressait à l’histoire, il aurait noté que les assureurs apparaissent sur ce marché au moment où la puissance publique décide d’ouvrir un secteur 2 à honoraires libres pour les professionnels de santé, ce qui commence à rendre juteux le marché de la complémentaire, c’est-à-dire 1980. En fait comme beaucoup de gens qui surfent sur l’actualité, ce qui compte c’est l’immédiateté ou ce qui est très récent. Pour notre auteur, l’histoire commence en 1945, avec la création de la Sécu, puis s’arrête, puis recommence un peu, en 2013 avec la loi sur la loi rendant obligatoire la participation de l’employeur à la complémentaire santé et surtout en 2020 avec la période COVID qui selon lui, les mutuelles (on ne sait pas de qui il parle : Mutuelles, assureurs… ?), se sont mis 2 Milliards dans les poches.

Une absence d’explication et donc de CLARIFICATION des frais de gestion et des différences entre les mutuelles et les assureurs

Bien sûr, l’auteur ne manque pas de parler des frais de gestion. Ça serait probablement trop demander à notre spécialiste de la protection sociale, d’entrer dans les détails. Peut-être pas mais y entrer ne servirait pas forcément son objectif. Alors là aussi pour être dans la CLARIFICATION, précisons tout d’abord qu’il y a une différence entre les frais de gestion des mutuelles et celles des assureurs. Pour les mutuelles, les frais de gestion représentent 19% contre 22% pour les assureurs. Dans ces frais de gestions des mutuelles sont également compris les coûts des services comme les actions de préventions et l’action sociale que les assureurs ne sont pas habilités à dispenser. Même avec ces prestations supplémentaires, les mutuelles ont des coûts de gestion moins élevés que les assureurs. Mais peu importe à notre spécialiste, l’important c’est de se débarrasser des mutuelles.

Une absence de CLARIFICATION des législations et autres règles prudentielles.

Comme monsieur s’intéresse surtout au Buzz, il ne s’est pas du tout intéressé aux débats législatifs français et européen et aux décisions qui en sont sorties depuis 3 décennies et qui ont largement eu pour effet de mettre en concurrence les mutuelles avec les assurances, avec bien sûr le soutien d’une partie de la classe politique française, largement influencée dans ce domaine notamment, par le lobby des assureurs.

On peut éventuellement reprocher au mouvement mutualiste de ne s’être pas suffisamment battu ou mal battu pour influencer un autre modèle, mais arrêtons de lui faire porter le chapeau de la déréglementation. On le peut d’autant moins, que malgré des législations européenne et française plutôt favorable aux assureurs qu’aux mutuelles, et malgré l’élargissement de la concurrence (avec la bénédiction du Conseil Constitutionnel), les mutuelles sont les opérateurs qui connaissent une moindre augmentation de cotisation.

On peut se demander si monsieur Rosenweg sait

  • que  tous les acteurs de la complémentaires santé (Mutuelles et assureurs) sont soumis aux mêmes règles prudentielles "solvabilité II", les obligeant à un très haut niveau de réserve.
  • que tous les opérateurs faisant de la complémentaire santé sont taxé de 14,7%
  • que le fonds CMU, ou aujourd’hui le fond de la complémentaire solidaire, est presque entièrement financé par des taxes qui reposent sur les organismes faisant de la complémentaire santé.

On peut également se demander si monsieur Rosenweg sait

  • que les mutuelles sont des organismes qui proposent des centres de santé, des cliniques. S’il le savait, il saurait que ces offreurs de soins, contrairement aux cliniques privées  lucratives, réalisent des soins sans ou avec de faibles dépassements d’honoraires. C'est peut-être rien pour lui. Mais s'il se dit sensible aux sorts de plus fragiles, il saurait que bénéficier d'une intervention chirurgicale sans être obligé de payer des dépassements d'honoraire, fait beaucoup de bien au porte-monnaie

Je vais conclure par une comparaison osée : Ceux qui aujourd’hui travestissent à ce point les réalités n’ont rien à envier à ceux que nous dénoncions à l’Est de l’Europe avant la chute du mur de Berlin

La différence est pourtant de taille. Ceux qui travestissent la réalité ici, peuvent être combattus. A l’aube de la campagne pour les élections présidentielles, ceux et celles qui défendent une protection sociale solidaire, avec l’implication de la société civile, doivent d’avantage se faire entendre et donner à comprendre ce qu'est la protection sociale, au risque de voir les affabulations de n’importe quel individu, en mal de reconnaissance, venir surfer sur les angoisses et les incertitudes des citoyens.

Gaby BONNAND

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