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Dans un période où tout l’espace médiatique est occupé à occulter la société civile et ses actions, par des débats politiciens qui ressemblent plus à une course à l'échalote ou un concours Lépine de la plus nauséabonde proposition, qu’à une campagne électorale, le passage à France Inter, vendredi dernier 5 Novembre, de Laurent Berger et Christophe Robert au nom des 60 organisations du Pacte du « Pouvoir de Vivre », donne un peu d’espoir.

Ce temps d’antenne est l’occasion pour les 2 responsables de présenter rapidement, trop rapidement bien sûr, les propositions des 60 organisations du Pacte du Pouvoir de Vivre[1]

90 propositions concrètes qui n’ont pour fondement ni ratios, ni courbes, ni préjugés, ni fake-news, ni haine… Non, des propositions dont les principaux fondements sont la vie des gens, la vie au quotidien, la vie au quotidien qui concerne le logement, les transports, le travail, l’accès aux soins, à la nourriture, la solidarité, la lutte contre l’exclusion, l’accueil des migrants…, Bref des situations vécues par des gens, qui ne se mesurent pas simplement par des indicateurs ou des préjugés et qui montrent que le monde ne pas se regarder de trop haut pour le transformer et lutter contre les inégalités.

La création du Pacte de Pouvoir de Vivre date de Mars 2019. A son lancement,  ce sont 19 organisations qui, ensemble font des propositions  « pour répondre à l’urgence sociale et écologique de notre pays ». Depuis d’autres organisations ont rejoint la dynamique.

Ce sont aujourd’hui 60 organisations qui se sont engagées et qui s’engagent dans cette période électorale, non pas pour un candidat ou une candidate. Non, ils s’engagent pour donner à voir la vie des gens que ces organisations représentent, en proposant des choses précises dans des domaines aussi divers mais aussi importants que le travail, le chômage, le logement, la santé, les transports, la nourriture, l’énergie, l’école…. Ils entendent porter la voix de ceux et de celles qui n’ont que très rarement leur place dans l’espace public. Ils veulent que cette vie, pas les courbes, pas les ratios, pas les indicateurs de toutes sortes, la vie tout simplement soit prise en compte par les candidats.

Cette initiative donne du corps, de la chair à ce qu’on appelle « Société Civile ». Ce terme, certes un peu nébuleux, sert de prétexte à tous ceux qu’elle gêne, pour la considérer comme inexistante dans le pire des cas ou comme fortement en crise et donc marginalisée et invitée à se taire, dans le meilleurs des cas.

Avec ce Pacte et les propositions qu’il porte, « SOCIÉTÉ CIVILE » n’est plus un simple terme qu’on peut effacer des discours et des pratiques.

Avec ce Pacte, la Société Civile » se donne à voir comme une réalité bien concrète que l’on ne peut effacer ni d’un revers de main, ni d’un coup de menton. Une réalité qu’on ne peut railler pour sa supposée incapacité à faire des propositions.

Avec le Pacte et les propositions qu’il porte, la Société Civile vient donner une autre approche au terme « Politique », qui redevient un terme qui a à voir avec la vie et l’organisation de la cité, avec la citoyenneté, la vie des gens, avec la façon dont on organise la vie ensemble.

En s’invitant dans le débat public en période électorale, le Pacte du Pouvoir de Vivre vient de fait s’immiscer dans un espace qui est depuis longtemps préempté par les Partis politiques réduisant souvent le champ du politique à une ou plutôt à des histoires de Partis politiques.

Le champ du politique, ce n’est pas que le champ des Partis politiques, n’en déplaisent à tous ceux et toutes celles qui ne vont pas manquer de reprocher aux organisations du Pacte du Pouvoir de Vivre et notamment aux organisations syndicales impliquées, de brader leur valeur d’indépendance pour faire de la politique.

Et bien non, aucune organisation ne brade son indépendance, pas plus les organisations syndicales impliquées que toutes les autres.

Cette immixtion de la société civile dans le champ politique, est pour moi un espoir de voir ce champ  redevenir vraiment un espace de débat, de confrontations et pourquoi pas de controverses, sur les questions ayant trait à la vie de la cité.

Le combat sera dur, difficile. La France est un pays qui a une histoire compliquée avec les corps intermédiaires et donc avec la Société Civile.

Pour une grande partie de la gauche ils ne sont que des représentants d’intérêts corporatistes ou privés qui ne peuvent pas être considérés comme des acteurs pouvant participer à la construction de l’intérêt général. Je renvoie au livre de Pierre Rosanvallon sur ce sujet « Le modèle politique français, La société civile contre le jacobinisme, de 1789 à nos jours ». Cette situation des rapports entre État et Société Civile explique pour partie, l’échec de toute tentative  social-démocrate en France.

Pour la droite, la plus libérale, les corps intermédiaires ne sont que des entraves à la libre entreprise et à la liberté d’entreprendre.

Pour la droite la plus conservatrice, les corps intermédiaires ne sont souvent considérés que comme des organisations venant perturber l’ordre établi.

Même si je reconnais que mon explication est un peu lapidaire, l’histoire des partis politiques en France, n’est pas une histoire qui fait de la place à la société civile.

Alors oui, il faut s’attendre à ce que la volonté du « Pacte du Pouvoir de Vivre » de s’imposer comme un acteur de la campagne électorale, rencontre des résistances de la part de ceux qui se sentent propriétaires de ce champ de débat.

Mais les résistances ne viendront pas que des partis Politiques. Elles viendront des citoyens eux-mêmes. En effet, nous nous sommes habitués, nous citoyens, à ne voir dans la démocratie que son côté procédural, c’est-à-dire celui qui consiste à élire démocratiquement les dirigeants du pays et les représentant des citoyens. Alors, même des citoyens vont trouver incongrue l’implication d’organisations syndicales et associatives…, dans la campagne électorale : « Que viennent-ils faire dans une période consacrée à l’élection des dirigeants ? » ou encore "De quoi, ils se mêlent, je croyais qu'ils étaient neutres" ou pire encore « Si ils viennent c’est qu’ils veulent des places…, la soupe doit être bonne »

Si cette fonction procédurale est absolument nécessaire, indispensable à la démocratie, elle ne suffit pas. La démocratie ne peut se limiter à des rendez-vous électoraux. Une élection en démocratie ce n’est pas un mandat donné à des responsables durant lequel, les citoyens n’auraient qu’à observer et exercer leur rôle de sanction aux prochaines élections.  (En écrivant ces lignes j’ai l’impression de presque décrire une situation d’actualité).

La démocratie c'est un mouvement, toujours en construction. A côté de sa fonction procédurale, elle a une fonction ou plutôt, elle est un système, une démarche pour organiser la vie en société faite de personnes, de citoyens qui désignent leurs dirigeants par l'élection mais qui sont appelés à faire société dans la vie de tous les jours dans la cité, tous les jours de l'année et tout au long du mandat.

Cette vie, leur mobilisation pour l'améliorer ont besoins d'être rendues visible, dans l'espace public y compris en période électorale pour que ceux et celles qui sollicitent les suffrages des citoyens prennent en compte leur vie. Et quel meilleur moyen pour cela qu’une implication collective d’organisations qui représentent les citoyens dans leur vie quotidienne.

Mais cette mobilisation ne doit pas être seulement celles des dirigeants des organisations signataires du Pacte, pour peser et compter.

Il est absolument nécessaire et indispensable que sur les territoires des initiatives soient prises et rendues visibles pour que les citoyens qui souhaitent s’engager puissent le faire.

Oui l’implication citoyenne est capitale dans cette campagne. Nous le voyons, ne laisser le champ du débat qu’aux représentants des Partis dans le seul but de faire gagner son candidat, c’est faire de ce champ un marécage, fait d’invectives, de préjugés, de fake-news, de boules puantes, de surenchères… ne faisant qu’accélérer la déliquescence du débat politique.  

L’initiative du Pacte du Pouvoir de vivre, loin d’être anachronique remet du fondement à l’objet d’une campagne électorale dans une démocratie, qui est de débattre et de faire des propositions à partir de la vie concrète des citoyens, qui dessinent notre futur commun.  Elle est une chance pour notre démocratie en redonnant du sens au terme "Politique"  comme "pensée et action" dans le but d'organiser la vie en société

Gaby BONNAND

 

[1] https://www.pactedupouvoirdevivre.fr/actualites

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