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Étant retraité et n'étant plus impliqué sur les questions de dialogue social, je n'avais pas spécialement suivi la succession à la présidence du MEDEF d’Ille et vilaine.
Ce n'est que très récemment que j'ai appris que le président du MEDEF 35 était le directeur de l'entreprise d'insertion "la feuille d'érable" de Rennes.

Loin de moi l'idée de porter un jugement sur la personne concernée que je ne connais pas.
Par contre je ne comprends pas ce mélange des genres, car il s'agit bien de mélange des genres qui contribue à brouiller les points de repères, à rendre illisible le rôle des institutions et des corps intermédiaires, déjà fortement questionnées.

Il n’aura échappé à personne que les entreprises qui composent notre tissu économique, en Ille et vilaine et ailleurs, ne relèvent pas majoritairement du champ de l’Economie sociale et solidaire. Notre économie est faite essentiellement d’entreprises privées de statuts divers, allant de l’artisanat à la grande entreprise multinationale. 47% des salariés des secteurs marchands non agricoles et non financiers, travaillent  dans  firmes multinationales[1]. (Qu’elles soient sous contrôle français ou étranger).

Si l’on croit comme c’est mon cas à une démocratie sociale digne de ce nom, tout le monde a intérêt à ce que les organisations qui comptent, soient représentatives de la réalité qu’elles sont censées représenter. Et de ce point de vue, il y a beaucoup de travail à faire.

En effet pour moi, le fait qu’un patron d’une entreprise d’insertion soit élu à la présidence d’un MEDEF territorial,  est incongrue et même dommageable.

La vitalité d’une démocratie ne se résume pas à son aspect procédural, c’est-à-dire aux élections qui semblent trop souvent être le seul indicateur pris en compte pour juger de la vitalité de la démocratie.

En ce qui me concerne, si cet aspect procédural de la démocratie est très important, il ne peut à lui-même rendre compte de la santé de la démocratie. Les capacités de dialogue, de confrontation, et d’élaboration de compromis entre les différentes logiques qui traversent la société, sont d’autres indicateurs très importants. Ce sont en effet ces compromis qui nous permettent de faire société.

Les conditions de ce dialogue de cette confrontation dépendent de la capacité des différents acteurs qui veulent contribuer à ce débat, à être représentatif de ceux qui veulent représentés.

Cette exigence d’être représentatif est très importante, tant pour les organisations syndicales que pour les organisations patronales. Cette exigence est d’autant plus importante que les organisations patronales et notamment le MEDEF, sont reconnues par la loi, comme des acteurs de la négociation collective interprofessionnelle.

Dans une période, ou les organisations patronales sont tentées de délaisser leur rôle d'acteurs de la négociation au profit d'un rôle de lobby, ce mélange des genres, est dommageable et inquiétant. Pour moi, l’existence d’organisations patronale reconnue comme interlocuteur des organisations syndicales dans la négociation est capitale. Pour négocier il faut être 2. Je sais que souvent le MEDEF est considéré par un nombre important de gens de gauche, comme un groupe influent marqué à droite et que c’est avant tout une « organisation de type politique ». Peut-être pensent-ils qu’avec un président venant l’insertion, la logique sociale mise en avant, est de nature à changer les choses. Ce n’est absolument pas mon avis. Au contraire, tout ce qui concourt à amoindrir le rôle des organisations patronales dans la négociation, que ce soit par une volonté interne d’en faire des lobbyistes ou par des volontés externes et internes d’en faire des « outils politiques », est dommageable pour le dialogue social.

C’est également dommageable et inquiétant pour les entreprises d’insertion. Il y aura toujours un conflit normal et légitime  entre une logique économique et une logique d’insertion, sauf à être naïf ou penser que l’on vit dans un monde de bisounours ou encore que les conflits ne sont sous-tendus par aucune réalité objective, et peuvent donc être réglés par des capacité individuelles de femmes ou d’hommes providentiels.

Ce n’est pas ma façon de voir. Pas plus dans l’insertion qu’ailleurs, la logique du en « même temps » ne nous fait pas progresser vers plus de démocratie.

Est-ce à dire que le secteur de l’insertion et plus largement celui de l’Economie Sociale et Solidaire, n’a pas le droit à être représenter dans le débat public ? Certainement pas, bien au contraire. Ce secteur doit poursuivre sa bataille pour sa reconnaissance pour faire valoir les objectifs de ces entreprises, les formes qu’elles ont choisi de prendre, et jouer leur rôle d’interlocuteur dans les négociations dans l’ESS.

Mais il doit jouer ce rôle en toute transparence en donnant à voir également sa différence avec les entreprises dites « classiques ».

La démocratie n’a rien à gagner avec la confusion. Considérer que les conflits  qui traversent la société  peuvent se gérer par ce type de confusion est à peu près de même nature que ceux qui pensaient à la fin du XIX° siècle, qu'un syndicat efficace devait réunir en son sein, les ouvriers et les patrons.

Nier le conflit, c’est refuser de regarder les choses en face. Pire c’est ne pas prendre les moyens de créer de lieux de confrontation et de débat et d’élaboration de compromis. C’est en quelque sorte prendre des libertés avec la Démocratie.

 

Gaby BONNAND

 

[1] Selon l’INSEE, TABLEAU DE BORD DE L'ÉCONOMIE FRANÇAISE  

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