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L’équation est probablement trop binaire, d’autant que l’une des hypothèses n’exclut pas l’autre pour autant. Par ailleurs, à regarder de près, cette situation ne révèle pas uniquement un problème à gauche. Elle est symptomatique d’un décalage de plus en plus fort entre le régime présidentiel tel qu’il est devenu, et la réalité des choses.

En effet, avec des partis politiques de plus en plus squelettiques, supplantés par les médias dans l’animation des débats sociétaux, ce temps fort de l’élection présidentielle, clef de voûte de la V° République, semble se réduire à la recherche d’un homme ou d’une femme providentiel.elle presque magicien.ne.

Cette dérive des institutions est accentuée par de nombeux.ses candidats.es et leurs discours d'une simplification radicale et outrancière pleine de certitudes, tant de la réalité que des propositions, qui contrastent avec une société très éclatée, faites de femmes, d’hommes, de groupes empreints aux doutes, nourrissant une défiance de plus en plus importante envers les institutions.

Si beaucoup de citoyens sont en proie au doute, ils ne sont pas dupes. Ils savent que les défis auxquels nous sommes confrontés sont lourds. Ils savent que l’hétérogénéité des situations vécues par les hommes et les femmes de notre pays, génère des intérêts différents sur les questions auxquelles nos sociétés ont à faire face, et donc des approches différentes sur les réponses à apporter. Ils savent par conséquent que les réponses magiques ne sont pas de mise. Ils ont conscience d’un décalage entre cette recherche d’une personne providentielle et la complexité des réponses à apporter

Par contre, compte tenu de ces approches diverses, Ils veulent compter dans le débat. Certes, il n’y a pas que leurs intérêts qui doivent être pris en compte, mais les leurs, doivent l’être aussi. Ils veulent donc être reconnus dans ce qu’ils sont, et avoir leur mot à dire dans les processus de décision. Ils veulent avoir une place.

Un certain nombre de mouvements très radicaux, comme les bonnets rouges, gilets jaunes, antivax, antipass… peuvent s’analyser comme une façon d’exprimer ce désir de compter.

Une partie de l’abstention qui se manifeste lors des élections peut sans doute être considérée comme l’expression de ce sentiment de décalage entre les institutions telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui et la conscience que les citoyens ont de la complexité des réponses à apporter. D’ailleurs le fait que l’augmentation de l’abstention, soit aussi concomitante à l’émergence et au développement d'une multitudes d'initiatives citoyennes[1] dans divers domaines (on a pu le voir durant la COVID), au besoin de plus en plus exprimé de la part de la jeune génération de se sentir utile, de retrouver du sens à sa vie professionnelle, à l’augmentation du nombre de jeunes dans des actions de bénévolat[2], devrait poser d’avantage des questions, que générer des certitudes sur le désintérêt des citoyens et des jeunes en particulier pour la vie en société.

Le fait que la droite ait réussi à désigner dans le cadre d’une primaire, ouverte aux seuls 150 000 adhérents du Parti n’est, de mon point de vue, pas plus rassurant en terme de démocratie que l’incapacité de la gauche à se mettre d’accord sur une candidature unique. Cela s’est fait au prix d’une telle simplification des questions sociales et sociétales, que la démocratie en ressort d’avantage abîmée que renforcée.

Nous le voyons bien, tous les candidats à la présidence de la République, désignés ou auto désignés, crédités des plus hauts scores par les sondages, fédèrent et rassemblent autour d’eux, au moyen d’une extraordinaire simplification des réalités. Les uns focalisent sur les questions de sécurité, d’immigration et de souveraineté nationale, et mobilisent sur le rejet de l’autre, en désignant coupables et boucs-émissaires, les autres s’emploient à nier les conflits par l’illusion du « en même temps».

Quant aux autres, ils sont tous dans des couloirs de certitudes, ce qui augure mal, de possibles rassemblements entre les uns et les autres.

Dans un pays où les médias ont remplacé les partis dans l’animation publique des débats politiques, où les candidats ne sont l’émanation que de partis politiques groupusculaires, de lobbys médiatiques ou de castes plus ou moins bien organisées,  la logique de l’élection présidentielle conduit à une radicalisation et une simplification du débat politique qui ne peut conduire qu’à tendre la société.

Cette logique est donc en complet décalage avec la nécessité au contraire, de se doter de dirigeants et plus largement d’une gouvernance du pays, capables de mobiliser toute la société et ses différentes forces, pour rechercher collectivement des réponses aux multiples questions qui la traversent, qu’elles soient d’ordres économiques, sociales, environnementales, démographiques, sanitaires, sécuritaires, culturelles, identitaires… 

Dans ces conditions, prétendre vouloir trouver un homme ou une femme qui puisse porter cette diversité est une véritable gageure, voire une illusion dangereuse.

C’est moins d’un président.e magicien.ne dont nous avons besoin, que d’une véritable représentation dans les institutions, des différentes sensibilités du pays, pour ensemble travailler à cette mobilisation de la société dans la construction des réponses à apporter.

Dans une telle situation, le meilleur que l’on puisse attendre de la gauche, ce n’est ni de participer à la course à l’échalote du discours le plus radical et le plus simplificateur, ni d’avoir une candidature unique qui risque de se faire au prix de redoutables simplifications, qui se paieraient très cher en cas de victoire.

Non ce que l’on pourrait attendre de mieux de la gauche serait qu’un.e des candidats.es en lice ose s’engager sur une réforme constitutionnelle dès le début de son mandat visant

  • A réduire les pouvoirs du Président de la République (avec application à ce mandat, dès la réforme adoptée) au bénéfice de la représentation nationale.
  • A intégrer une forte dose de proportionnelle dans toutes les assemblées délibératives, pour créer les conditions de décisions partagées par le plus grand nombre.
  • A créer les conditions d’une réelle participation de la société civile et à ses représentant à l’élaboration des décisions.

Ainsi, au-delà du discours, ce ou cette candidate, donnerait à voir que la gouvernance d’un pays démocratique ce n’est

  • ni monter des citoyens contre d’autres en recherchant coupables et boucs émissaires,
  • ni  la négation des conflits sur toutes les questions évoquées plus haut, par des formules valises « ni droite, ni gauche » ou « en même temps » ou encore « gouverner au centre ».

Ainsi, il ou elle donnerait à voir que la gouvernance d’un pays démocratique, c’est

  • Travailler aux conditions pour faire société sans exclure quiconque
  • Reconnaître les conflits comme inhérents à toute société démocratique, et mettre en place un cadre institutionnel adapté, afin de créer les conditions de leur dépassement par des compromis permanents, et ainsi contribuer à l’élaboration des décisions qui devront être prises par la représentation nationale.

C’est un pari risqué, me dira-t-on que de croire encore à des changements possibles de la gauche dans l’approche des questions politiques. Peut-être. Et puis si cette idée est reprise par un.e  candidat.e venant de la droite, j’en verrais que des avantages également. En tout état de cause, croire que des transformations sont possibles, dans l’approche du politique, de la part des forces républicaines, me semble moins risqué, que de croire encore, sans s’interroger, à la pertinence d’un régime présidentiel qui ne peut dans l’état de déliquescence des partis politiques, que conduire à rechercher l’homme ou la femme providentiel.elle, pour gouverner le pays.

Gaby BONNAND

[1] Edgar Morin : « La Voie »

[2]http://www.francebenevolat.org/sites/default/files/DOCUMENTATION/Resume_Bilandeconnaissance_Engagement_jeunes_2018_defdef.pdf

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