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Un premier tour qui donne une image déformée du pays.

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, nous disent de nombreux spécialistes, donnent à voir une France divisée en 3 blocs : Un bloc libéral pour certains, que d’autres appellent de centre droit, un pôle radical à gauche et un pôle d’extrême droite.

Si de fait le résultat du premier tour donne à voir cette image, la réalité est beaucoup plus complexe. De ce point de vue, force est de constater que les appels au « vote utile » à gauche qui ont conduit les uns à voter Macron, les autres Mélenchon, déforme l’image réel du pays.

Ce vote du premier tour a eu pour effet de rendre invisible, dans l’espace public un pôle très important de la société française, celui composé de citoyens et citoyennes attachée à la lutte contre les inégalités, aux politiques de redistribution, et au dialogue social et à la négociation pour y parvenir.

Devant ce résultat, bien sûr les 2 finalistes essaient de se dégager de l’image du bloc auquel les commentateurs rattachent l'un et l'autre, encore qu’ils aient eu un peu de mal, l’un et l’autre à s’en défaire durant le débat du 20 Avril.

Cependant, Marine Le Pen et ses proches continuent à jouer la musique d’un RN qui ne serait plus d’extrême droite. Ils sont même aidés par certains intellectuels en particulier Michel Onfray (pas très étonnant) et plus étonnant, Marcel Gauchet.

Du côté d’Emmanuel Macron, on essaie de se sortir de cette image de libéral de centre droit, en se disant prêt à bouger sur les Retraites  et à aller 2 fois plus vite pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, en nommant un Premier ministre chargé de la planification écologique .

Si les 2 finalistes sont bien obligés de parler aux électeurs qui n’ont pas voté pour eux s’ils veulent gagner, Jean Luc Mélenchon est dans une position différente.  Pour lui, la pression n’est pas la même et il continue à se positionner comme si tous ses électeurs adhéraient à tout son programme.

Que deviendra la prise en compte d’une réalité plus complexe que celle que donne à voir le résultat du premier tour, dimanche soir et dans les mois et années du mandat ?
Je ne parlerais pas du scénario qui verrait MLP gagner. Je ne l’envisage pas, même s’il faut rester prudent.

Je ne parlerais donc que des scénarios selon lesquels Macron serait réélu. Je repose la question. Comment ces 2 hommes Macron et Mélenchon, l’un Président, et l’autre opposant, qui ont tous les 2 bénéficié du « vote utile » de nombreux électeurs de gauche sans adhérer en totalité à leur programme, vont tenir compte de la réalité du pays et des diverses sensibilités qui s’y expriment.

Alors quelles perspectives peut-on dessiner ?

Dans l’immédiat Macron est obligé de chercher à donner des gages entre les 2 tours, à une partie des électeurs qui n’ont pas voté pour lui. Mais ces promesses ou ouvertures devront se concrétiser rapidement, notamment au travers de la nomination de son gouvernement et d’un changement substantiel de sa pratique du pouvoir.

Si aucun changement n’apparaît rapidement, cela veut dire que le « vote utile » qui s’est dirigé vers Macron, n’a servi qu’à renforcer sa posture jupitérienne.

Quant à Jean Luc Mélenchon, il considère qu’il est le patron de la gauche et que l’unité doit se faire autour de lui et de son programme pour les législatives. 

S’il reste dans ce positionnement, ce qui de mon point du vue est probable, cela signifie qu’une partie du « vote utile » qui s’est dirigé vers Mélenchon n’a pas servi à créer les conditions d’une large alliance à gauche, sur des bases sérieuses, pour les prochaines législatives.

Ce décor posé, quels scénarios ?

Le premier scénario intègre un changement réel chez Emmanuel Macron.

  • dans sa vision sociétale prenant en compte d’avantage la lutte contre les inégalités.
  • dans sa pratique du pouvoir, en s’appuyant sur des forces organisées de la société civile pour réformer le pays.

Dans ce scénario, qui nécessitera  entre autre une autre configuration de l’Assemblée Nationale, ce ne sera pas facile car les forces sociales organisées de la société civile prête à se mouiller dans des négociations et des compromis  ne sont pas légions.

Ce sera d’autant moins facile que, la volonté de faire évoluer la société par la voie de la négociation et du compromis, pourtant très importante dans le pays, n’apparaît pas dans l’image qui ressort du résultat du premier tour. De fait « le vote utile » a empêché de rendre visible dans l’espace public cette volonté.

Le contraste entre ce que ce scénario donnerait à voir, (à savoir une considération plus grande des corps intermédiaires qui en retour s’engageraient pour quelques-uns d’entre eux, dans une démarche constructive dans le cadre de concertations, négociations et de compromis), et celle qui est ressortie du premier tour, sera utilisé par les 2 oppositions radicales pour dénoncer tous ceux qui s’impliqueraient dans ces démarches.

L’enjeu pour que ce scénario puisse voir le jour et durer, sera de faire en sorte d’impliquer le maximum d’acteurs dans cette démarche constructive. Démarche constructive qui ne signifie en rien la négation des conflits. Ceux-ci  peuvent prendre toutes les formes que l’État de droit permet (grèves, manifestations, ….)

Dans le deuxième scénario, Macron reste figé dans la posture de son premier mandat

Dans ce scénario, l’image de la France qui est sortie du premier tour se renforce. Ce renforcement a pour effet de poursuivre la marginalisation politique, mais aussi des forces sociales qui représentent cette volonté de transformer la société par la confrontation, la négociation et le compromis. Par contre coup cette attitude renforce les 2 radicalités qui se sont exprimées au premier tour. Le pays devient vite ingouvernable.

Ce scénario nourrit les 2 pôles de radicalité qui ne veulent pas entrer dans une démarche constructive. Le risque de voir se développer des oppositions violentes est sérieux, d’autant qu’une attitude fermée du pouvoir viendrait donner des arguments à des gens qui ne veulent pas entrer dans une démarche constructive, pour justifier des violences comme forme d’expression devant un gouvernement sourd et aveugle.

Et les législatives dans tout ça ?

Seront-elles l’occasion de rendre plus visible dans l’espace public, la sensibilité caractérisée par une approche constructive et coopérative de la transformation sociale ?

Pour cela faudrait-il qu’il y ait des forces politiques pour porter cette approche. Si des forces vives de la société sont porteuses de cette approche, notamment autour du « Pacte du pouvoir de Vivre », l’expression politique de cette démarche n’est pas évidente.

Il est illusoire de compter sur une alliance de toutes les forces de gauche pour faire entendre cette voix. LFI et Jean Luc Mélenchon ont choisi une stratégie qui rendra impossible cette alliance. Quand bien même LFI aurait fait un autre choix, ce ne serait pas souhaitable, car il ne s’agirait que d’un choix tactique pour de toute façon ne rien lâcher sur le fond.   

Par pragmatisme, il serait souhaitable que la gauche non mélenchonniste puisse créer les conditions d’être présente au parlement pour y peser et travailler à ce que le scénario 1, cités ci-dessus, voit le jour, aidé en cela, espérons-le, par une partie des élus qui serait issu d’une majorité très hétéroclite.   

Dans tous les cas, Les 2 pôles de radicalité qui se sont manifestés au 1° tour auront une capacité de nuisance très importante dans les 5 ans qui viennent, bien au delà de leur nombre de député, forts qu'ils sont des résultats du 1° tour..

Les voies pour rendre visible et efficace l’expression de cette sensibilité constructive s’appuyant sur les corps intermédiaires, est étroite.

Pour ma part j’apporterais ma voix au candidat ou à la candidate qui représentera cette voie, dans la circonscription à laquelle je suis rattaché.

Gaby Bonnand

 

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