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Il faut remonter très loin pour trouver une situation où l’Assemblée Nationale ne réunit pas une majorité absolue pour le Président de la République, hors cohabitation. C’était en 1988. Après sa nette victoire à la présidentielle, Mitterrand décide de dissoudre l’assemblée nationale, persuadé qu’il s’assurerait une majorité absolue. Ce ne fut pas le cas.

A l’époque François Mitterrand avait nommé son meilleur ennemi à l’intérieur du PS, comme premier Ministre. Michel Rocard qui avait été son adversaire au sein du Parti Socialiste, devenait soudain celui qui pouvait le sortir d’une mauvaise passe. Celui qui avait beaucoup œuvré  au sein du PS, pour que ce dernier revoie son logiciel de pensée, en faisant de la reconnaissance des conflits, de la confrontation, de la négociation et du compromis, une base solide pour penser la transformation sociale, économique et sociétale, se retrouve Premier Ministre nommé par Mitterrand pour essayer de recoller les morceaux d’une France fracturée.

Il s’acquitta très bien de cette mission, au point que Mitterrand n’a pas supporté un Premier Ministre plus populaire que lui. Il le congédia au bout de 3 ans.

A l’époque de nombreux jeunes socialistes ont semblé prendre la roue de Rocard, notamment quand celui-ci est devenu premier secrétaire du Parti. Ça ne changea pas grand-chose. La refondation de la pensée n’a pas eu lieu. Par contre la France n’a cessé de continuer à  se fracturer.

Pourtant l’expérience de Michel Rocard qui a su durant son mandat de Premier Ministre, déjouer les pièges tendus pas Mitterrand et ses fidèles, pour engranger des réformes importantes (création du RMI, de la CSG, sans oublier bien sûr la Nouvelle Calédonie, où sous son égide, sont signés les accords de Matignon entre Jean Marie Djibaou et Jacques Lafleur), montre que des avancées sociales sont possibles lorsqu’on fait du dialogue, non pas un slogan mais des actes, de la négociation, non pas une méthode, mais une démarche, du compromis, non pas du « en même temps », mais de la reconnaissance de l’autre pour une décision acceptée par les parties.

Ce bilan aurait pu servir de base pour travailler et approfondir une pensée nouvelle de la transformation sociale par la démarche de la négociation, d’autant qu’un autre dossier avait été engagé par Rocard, celui des retraites avec le Livre Blanc. Mitterrand lui a empêché d’aller au bout. Je pense qu’on le paie encore aujourd’hui.

Depuis cette période, non seulement la France a continué à se fracturer, mais le débat politique n’a cessé de se détériorer. Les Partis qui structuraient ce débat se sont effondrés. Ce sont les réseaux sociaux et les médias qui organisent ce débat. A la recherche du buzz, le débat politique devient un sport de combat. Sur les plateaux de télé ou sur les réseaux sociaux, les adversaires politiques ne sont pas des gens avec lesquels il serait utile de débattre, d’échanger des idées, de trouver des espaces de compromis. Non ce sont des hommes ou des femmes à abattre. Ce sont des joutes qui doivent se finir par un gagnant et un perdant, par un tueur et un tué.

Si les partis politiques ont une responsabilité importante dans cette situation, il serait injuste de les considérer comme les seuls responsables. La recherche de coupables serait également une erreur. Il n’y a pas de coupable mais il y a des responsabilités collectives faites de responsabilités individuelles également.

Cette incapacité collective à penser les conditions de la conduite des transformations sociales, économiques, environnementales, sociétales, à contribué au développement d’offres politiques populistes, agressives en direction des étrangers et prônant une politique de replis sur une nation fantasmée.

Cette incapacité collective a également suscité, par conviction ou opportunisme personnel ou partisan, des initiatives politiques, qui n’ont pas rencontré d’échos dans la durée, puisque le chiffre des abstentions ne cesse de progresser d’élection en élection.

Aujourd’hui, le résultat des élections législatives, sans nier le fait qu’il puisse donner l’image d’une France ingouvernable, offre aussi des opportunités. Mais faut-il encore les saisir.

Le Front National qui rentre en force à l’assemblée nationale aidé par des manœuvres des différents camps politiques, est le groupe d’opposition le plus important, et constitue un danger pour la démocratie.

Il va de soi qu’aucun compromis ne doit être passé avec cette formation tout en recherchant les moyens de répondre aux craintes et aux situations qui ont suscité ce vote. Et très rapidement doit cesser dans les partis républicains les invectives pour se renvoyer la responsabilité de la percée du FN.

Chacun des partis Républicains ou des alliances qu’ils ont formés, c’est-à-dire tous sauf le Front National[1], doivent d’abord admettre qu’aucun d’entre eux n’ont des propositions qui ont reçu une majorité de voix. Par exemple, la retraite à 65 ans est rejetée, la retraite à 60 ans n’a pas fait recette. On peut prendre toutes les propositions et faire le même constat.

Reconnaître publiquement cette réalité serait un pas important dans la prise en compte du réel comme point de démarrage de la politique.

Mais cette prise en compte du réel devrait aller plus loin et devrait déboucher sur une analyse plus fine de la société qui est éclatée en terme de situations, de conditions mais aussi en terme d’aspirations, de revendications, et que seuls les partis ne peuvent pas répondre aux demandes qui se font jour.

La seule voie possible c’est la démarche de négociation et de la recherche du compromis.

La composition de l’Assemblée nationale peut être considérée comme une chance par les citoyens qui l’ont voulu collectivement comme cela. Les intérêts des partis et des alliances qu’ils ont formé, doit s’effacer devant le choix des électeurs.

Tous les partis républicains présents à l’A.N. doivent en tout premier lieu, avoir une attitude d’humilité.

Ils doivent se mettre ensuite dans une démarche de construction, avec la volonté de trouver des compromis (pas du consensus mou), non pas en ayant les yeux rivés uniquement sur les programmes ou résolutions de leurs partis ou alliances, mais sur la vie des citoyens dans leur diversité.

Pour cela ils doivent s’appuyer sur les forces vives de la société civile organisée, non pour y rechercher une caution, mais pour engager avec elles, de vraies concertations en vue de faire progresser la loi.

Le fait qu’il n’y ai pas de gagnant à ces élections législatives peut-être le début d’un changement de pratique politique dans notre pays. Ce que nous n’avons pas pu, ou pas su faire à froid, aujourd’hui, les électeurs l’imposent. Considérer cette contrainte comme un incontournable, c’est le premier devoir de tous ceux et celles qui se disent démocrates, et en premier lieu de ceux et de celles qui ont reçu le suffrage des français.

Dans la situation présente

Macron et sa majorité relative ne peuvent pas imposer des réformes qui n’ont pas eu l’assentiment d’une majorité de votants et encore moins de citoyens.

La NUPES et les partis qui la composent, ne peuvent pas camper, par facilité, dans un rôle d’obstruction au nom d’un programme qui n’a pas non plus reçu l’assentiment d’une majorité de votants et encore moins de citoyens.

Les Républicains doivent sortir d’une logique de survie. Cette démarche est nécessaire pour sortir de de l’ambiguïté dans leur relation avec le F.N.. Elle est nécessaire car je crois que ce parti Républicain représente des intérêts présents dans la société avec lequel il est possible de passer des compromis compatible avec la démocratie et l’État de droit.  

Alors oui, il est temps de cesser les polémiques stériles pour rechercher des coupables qui sont responsables du résultat des élections. Il n’y a aucun coupable, les citoyens se sont exprimés par leur vote et leur abstention. Ils n’ont donné de majorité à personne, tout en donnant plus de députés aux partis républicains.

En langage populaire, on peut dire qu’ils ont remis l’église au centre du village. Les élus n’ont pas d’autres choix que de travailler dans les conditions que les électeurs ont choisies.  Ça s’appelle la démocratie

Gaby BONNAND

[1] Si en République et en démocratie tous les partis peuvent se présenter, tous les partis ne sont pas pour autant républicains. https://www.jean-jaures.org/publication/la-democratie-sans-letat-de-droit-anatomie-du-programme-le-pen-consacre-aux-libertes/

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