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L'art de la politique, au sens large du terme, c'est en fait la capacité d'organiser le vivre en société. Plus concrètement, c'est faire vivre ensemble des individus, des groupes sociaux, des communautés d’hommes et de femmes….

Le présent n’est pas le seul horizon des individus et des groupes sociaux. Ceux-ci sont aussi des hommes et des femmes qui ont une histoire personnelle et collective. Ce sont aussi des hommes et des femmes qui se projettent dans l’avenir, comme individu bien-sûr, mais aussi comme collectif. Notre avenir individuel est lié au futur de la société dans laquelle nous vivons.

C'est cette complexité des individus et des groupes sociaux, dans leur relation entre eux mais aussi dans leur relation avec leur propre histoire et la manière dont ils voient leur l'avenir, qui donne au politique toute son importance et toute sa noblesse. Mais c’est aussi cette complexité qui rend terriblement compliquée l’art de diriger, de gouverner que ce soit un pays, mais aussi une collectivité territoriale ou encore une organisation syndicale ou une grande association d’intérêt public. Terriblement compliqué d'exercer un pouvoir qui a vocation à organiser et favoriser le "Vivre ensemble"

On le voit, l’immédiateté apparait trop souvent comme l’élément central de l’action. Immédiateté dans laquelle l’émotion devient un marqueur pour beaucoup de ceux qui ont des responsabilités et agissent dans l’espace public.

Un bijoutier tirant dans le dos d’un des cambrioleurs, tuant celui-ci, est mis en examen et voilà que l’opinion manifeste son soutien au bijoutier et à son acte par une pétition sur le net qui recueille un nombre impressionnant de signatures

Immédiateté qui nous fait oublier que nous sommes dans un Etat de droit qui s’est construit au cours d’une longue histoire et qui a créé un pouvoir judiciaire pour éviter la loi du talion.

Le discours du ministre de l’intérieur, (quelle que soit son intention) et son utilisation médiatique stigmatise fortement la population Rom et sa différence dans sa façon de vivre. Et voilà que la polémique enfle et les Rom deviennent pour 95% des français des gens qui s’intègrent mal et deviennent l’incarnation de nos peurs individuelles et collectives.

Immédiateté qui nous fait oublier qu’au cours du XIX° siècle, lors de la révolution industrielle naissante, les ouvriers étaient considérés par la classe possédante, comme «les nouveaux barbares », "porteurs de maladies, de vices et de crimes, une classe sans instruction dangereuse pour la société".

Christiane Taubira, lors de son passage à France 2 dans l’émission « des paroles et des actes » a su donner de la hauteur, à s’extraire de l’immédiateté, de l’émotion qui guide trop souvent l’action. Elle a rappelé à David Pujadas qui l’interrogeait sur ce qu’il fallait faire en réponse à une mère témoignant de l’agression de sa fille par un récidiviste, que la justice ne se rendait pas sur un plateau de télévision, rappelant que même les journalistes doivent se rappeler que l’on vit dans un Etat de droit. Ça fait du bien, mais c’est trop rare.

Cette exigence de prendre toute la complexité en compte n’est pas réservée uniquement aux hommes et femmes politiques au gouvernement. Elle doit être celle des responsables politiques d’opposition quand on se dit démocrate.

Se servir de faits divers ou des fragilités de populations, pour nourrir ses ambitions, n’est digne d’aucun responsable politique et plus largement d’aucune personne agissant dans l’espace public.

Ne considérer l’individu que dans ses préoccupations immédiates, en ne voyant dans celles-ci que du bon sens pour légitimer son action, c’est ne respecter l’homme ni dans sa complexité ni dans son rapport à son histoire et à son avenir.

Quel avenir pour une société qui laisse mourir noyés, plus de 300 migrants fuyant la misère de leurs pays, au large de Lampedusa ?

Quel avenir pour une société qui fait l’apologie de la richesse de quelques-uns, alors que progressent les inégalités avec son cortège de précarité et de pauvreté qu’elles génèrent?

Quel avenir pour une société qui fait d’une communauté de 20 000 personnes, le bouc émissaire de tous nos doutes, nos craintes, nos difficultés, notre mal-vivre.

L’immédiateté est le champ où les expressions les plus primaires de l’homme se manifestent. N’agir que sur terrain, c’est privilégier l’instinct au détriment de la réflexion, l’émotion par rapport à l’empathie, c’est sacrifier le long terme pour le court terme, le travail dans la durée pour l’urgence.

N’en déplaise à la droite républicaine que je respecte, Le mandat de Nicolas Sarkozy aura contribué à faire monter dans l’opinion l’idée que l’on pouvait s’affranchir de quelques principes pour répondre à cette immédiateté. Un certain nombre de ses discours sur les juges d’instructions, les syndicats, la laïcité, le droit du travail, sa critique populiste des institutions…, ont eu pour effet de laisser penser que tout pouvait se contester au regard des besoins immédiats, y compris les règles de notre « Vivre ensemble ».

Attention, les digues sont fragiles. La démocratie mérite autre chose que des préoccupations électoralistes, surtout à la veille d’échéances électorales.

Gaby BONNAND

Histoire, avenir, immédiateté et politique.
Tag(s) : #Politique, #Vivre ensemble

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